Sénégal : le soutien inattendu de bassirou diomaye faye à macky sall pour l’ONU

Trois jours après l’avoir reçu avec tous les égards au Palais de la République, Bassirou Diomaye Faye a tranché : le Sénégal apportera son « plein soutien » à la candidature de Macky Sall pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Une décision qui, bien qu’essentielle, ne garantit pas une issue victorieuse, mais marque un tournant dans les relations entre les deux hommes.

Une décision qui transcende les tensions passées

Le choix de Bassirou Diomaye Faye semble guidé par une logique dépassant les rancœurs personnelles. Macky Sall, ancien président du Sénégal, représente une figure expérimentée sur la scène internationale. Son élection à la tête de l’ONU offrirait au pays une reconnaissance diplomatique majeure, tant sur le plan symbolique que stratégique. Elle renforcerait également la voix de l’Afrique dans les instances mondiales, notamment pour l’obtention d’un siège permanent au Conseil de sécurité.

Du parcours chaotique à la réconciliation

L’histoire entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall est marquée par des tensions profondes. Incarcéré en avril 2023 à la prison du Cap Manuel dans le cadre d’une répression visant son mentor Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye a été libéré le 14 mars 2024 grâce à une grâce présidentielle, à quelques jours du scrutin. Son élection triomphale au premier tour a scellé une rupture avec l’ère Sall, fondée sur la promesse d’une refonte démocratique.

Pourtant, deux ans plus tard, le président actuel a choisi de mettre de côté les divergences pour servir les intérêts supérieurs du Sénégal. « Un dialogue au-delà des alternances politiques », a souligné la présidence, insistant sur la nécessité de porter une candidature utile à l’Afrique et au multilatéralisme. Le gouvernement et le réseau diplomatique sénégalais sont désormais mobilisés pour promouvoir cette candidature.

La rupture avec Ousmane Sonko : un tournant décisif

Ce revirement aurait été impensable sans la rupture politique intervenue en mai dernier entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, son ancien mentor et Premier ministre. Jusqu’alors, ce dernier incarnait une ligne dure envers l’ancien régime, alimentée par un contentieux personnel avec Macky Sall. Son départ a libéré Bassirou Diomaye Faye de cette contrainte, lui permettant d’adopter une posture plus pragmatique en tant que chef d’État.

Une stratégie personnelle et électorale

Cette décision s’inscrit aussi dans une logique de consolidation du pouvoir par Bassirou Diomaye Faye. Il prépare la création de son propre parti politique, cherchant à rassembler les réseaux de l’ancien système, y compris ceux de Macky Sall et d’Abdoulaye Wade. L’objectif ? Construire une nouvelle machine électorale pour sa réélection en 2029. Lors de la visite de Macky Sall à Dakar, son accueil chaleureux a confirmé la persistance de son influence.

Un soutien qui renforce, mais ne suffit pas

Pour Macky Sall, ce soutien sénégalais change la donne. Sa candidature, déposée en mars par le Burundi au nom de la présidence tournante de l’Union africaine, souffrait d’un défaut majeur : l’absence de soutien officiel de son pays d’origine. Dans les négociations diplomatiques, un tel silence est interprété comme un désaveu, fragilisant une campagne avant même son lancement.

Avec l’onction officielle de Bassirou Diomaye Faye et la mobilisation du corps diplomatique, cette faiblesse est désormais comblée. Macky Sall peut se présenter comme un candidat pleinement adoubé par le Sénégal, privant ses rivaux d’un argument de poids. Pourtant, cette avancée ne garantit pas une victoire. La coutume veut que le poste revienne à l’Amérique latine, région qui n’a plus occupé ce rôle depuis 1991. Quatre des cinq candidats déclarés sont latino-américains, laissant peu de chances à un outsider.

Un parcours semé d’embûches

Macky Sall reste le seul candidat non latino-américain et l’unique ancien chef d’État en lice. Aucun Africain n’a dirigé l’ONU depuis Boutros Boutros-Ghali dans les années 1990, mais cette sous-représentation ne suffit pas à inverser la tendance. Le soutien sénégalais consolide sa position, mais l’issue dépendra des arbitrages du Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto.

Proche de la France et en bons termes avec la Russie, Macky Sall ne compte a priori aucun ennemi déclaré. Son abstention lors de la résolution sur l’Ukraine en 2022, alors qu’il présidait le Sénégal, et sa récente rencontre avec Sergueï Lavrov à Moscou illustrent sa capacité à naviguer dans les équilibres géopolitiques. Le verdict est attendu pour cet automne.