Sexisme persistant dans l’hémicycle de la rdc : quand les femmes élues sont réduites à leur apparence

Sexisme persistant dans l’hémicycle de la rdc : quand les femmes élues sont réduites à leur apparence

En mai 2026, une scène choquante a circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux, révélant l’ampleur des violences sexistes au sein de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC). Une vidéo montrait Micheline Mpundu, députée nationale, quittant le perchoir après avoir présenté une motion d’information. Christophe Mboso, alors deuxième vice-président et président de séance, commentait publiquement son physique en des termes dégradants : « Merci collègue, elle est très belle… hein. » avant d’ajouter en lingala, sous les rires complices de l’hémicycle : « Regardez-la par vous-mêmes », en mimant grossièrement sa silhouette.

Ces propos, tenus depuis la tribune officielle, illustrent une réalité préoccupante : les parlements africains, et celui de la RDC en particulier, restent des espaces hostiles aux femmes, malgré leur représentation croissante. Bien que des excuses publiques aient été présentées par Mboso après des vagues d’indignation, aucune sanction n’a été prononcée à son encontre, confirmant l’impunité qui entoure ce type de comportements.

Cette affaire soulève une question cruciale : quand les institutions législatives congolaises cesseront-elles de tolérer des pratiques qui sapent la dignité et la légitimité des femmes élues ?


Un phénomène structurel, pas un simple écart isolé

Les violences verbales et sexistes en politique ne se limitent pas à un incident isolé. Elles s’inscrivent dans un système plus large, où les femmes parlementaires sont souvent évaluées non pas sur leurs compétences, mais sur leur apparence ou leur conformité aux rôles traditionnels. Les études de l’Union interparlementaire (UIP), notamment son enquête mondiale de 2016, révèlent que plus de 65 % des femmes élues dans 39 pays ont subi des agressions verbales répétées au cours de leur mandat.

En Afrique, les chiffres sont tout aussi alarmants. Une enquête conjointe de l’UIP et de l’Union parlementaire africaine (UPA) en 2021 a confirmé que les parlements du continent tolèrent encore trop souvent ces comportements, malgré des avancées législatives en matière de participation féminine. Depuis les années 1990, le nombre de femmes élues en Afrique a triplé, mais leur intégration reste marquée par des résistances structurelles, souvent portées par des collègues masculins qui considèrent la politique comme un domaine réservé aux hommes.

Cette vision rétrograde se manifeste de multiples façons : remarques sur l’apparence, minimisation des interventions, ou encore accusations fallacieuses de complaisance pour obtenir des postes. En RDC, ces pratiques sont régulièrement documentées, comme en témoignent plusieurs cas emblématiques.


Des exemples congolais qui parlent d’eux-mêmes

Le 30 avril 2020, une scène similaire a ébranlé le Sénat congolais. Thambwe Mwamba, alors président de l’institution, a publiquement humilié la sénatrice Bijoux Ngoya en l’accusant d’avoir utilisé des avances personnelles pour obtenir un poste. La séance s’est terminée dans le chaos, sans que le président ne soit sanctionné.

En juillet 2021, lors d’un débat constitutionnel, la députée Christelle Vuanga s’est vue interrompre par Nsingi Pululu, qui l’a réduite à sa condition de femme en lingala : « Vous êtes une femme ». Une phrase qui résume à elle seule la dévalorisation systématique des contributions politiques féminines.

Ces exemples, parmi d’autres, montrent que malgré les lois et les engagements internationaux ratifiés par la RDC, l’écart entre le texte et la pratique reste béant. Les femmes y sont élues dans les mêmes conditions que leurs collègues masculins, mais leur légitimité est constamment remise en question.


L’Afrique face à la violence politique envers les femmes

La RDC n’est pas un cas isolé. D’autres pays africains illustrent cette triste réalité. Au Sénégal, en 2022, la députée Amy Ndiaye, enceinte, a été frappée et blessée en plein hémicycle, devant les caméras. En 2025, au Nigeria, la sénatrice Natasha Akpoti-Uduagha a été suspendue pour avoir dénoncé publiquement le harcèlement sexuel dont elle était victime de la part du président du Sénat.

Ces cas ne sont pas des accidents, mais des symptômes d’un système qui tolère la violence envers les femmes en politique. Ils révèlent une vérité difficile à admettre : si les parlements africains acceptent la présence des femmes, leur dignité et leur autorité restent souvent bafouées.


Des solutions existent, mais la volonté politique fait défaut

Plusieurs initiatives à travers le monde ont montré qu’il était possible de changer les mentalités. Des campagnes comme #NotTheCost (National Democratic Institute) ou #NotInMyParliament (Parlement européen) ont permis de sensibiliser l’opinion publique et d’imposer des sanctions contre les comportements sexistes. En RDC, des lois existent également, comme le projet de loi sur les violences faites aux femmes examiné au Sénat en 2025. Pourtant, sans application concrète, elles ne restent que des textes sur papier.

L’impunité dont bénéficie Christophe Mboso envoie un message clair aux femmes congolaises : leur parole et leur intégrité ne sont pas protégées. Tant que les parlements africains continueront à tolérer ces pratiques sans sanction, ils resteront des lieux de domination masculine, loin de l’idéal démocratique qu’ils prétendent incarner. La RDC compte 65 femmes sur 477 députés, soit à peine 13 % des sièges, dans un pays où elles représentent plus de la moitié de la population. Leur sous-représentation ne justifie en rien le mépris dont elles sont victimes.

La question n’est plus de savoir si ces comportements sont inacceptables, mais quand les institutions congolaises et africaines prendront enfin les mesures nécessaires pour y mettre fin. Le silence n’est plus une option.