souveraineté pharmaceutique en afrique : un impératif pour la santé et l’indépendance
La santé de millions d’africains reste suspendue aux importations de médicaments. Pourtant, des solutions existent pour briser cette dépendance et bâtir une industrie locale robuste.
une dépendance coûteuse et dangereuse
Malgré les avancées, moins de cinq pays africains disposent d’infrastructures capables d’exporter leurs produits pharmaceutiques. Résultat : le continent importe encore plus de 90 % de ses médicaments, pour un coût annuel dépassant les 18 milliards de dollars – un montant qui pourrait atteindre 30 milliards d’ici 2030. Ces chiffres ne reflètent pas seulement un déséquilibre économique, mais aussi une vulnérabilité sanitaire alarmante.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 70 % des établissements publics de santé en afrique subissent au moins une rupture de stock critique chaque trimestre. La pandémie de covid-19, les pénuries récurrentes de traitements essentiels – comme l’amoxicilline ou l’insuline – et l’inaccessibilité aux anticancéreux ont révélé les failles d’un système dépendant des décisions prises hors du continent. Les conséquences ? Des maladies mal soignées, des prix multipliés par trois en période de crise, et des programmes de santé publique paralysés faute de traitements disponibles.
les atouts d’un continent en mouvement
Malgré ces défis, l’afrique possède des atouts majeurs pour inverser la tendance :
un marché en pleine expansion : d’ici 2030, le secteur pharmaceutique africain pourrait représenter plus de 70 milliards de dollars, selon les projections.
une biodiversité exceptionnelle : plus de 5 400 plantes médicinales y sont recensées, certaines déjà intégrées dans des protocoles thérapeutiques officiels.
une dynamique réglementaire en marche : avec la création de l’agence africaine du médicament (ama), ratifiée par 27 pays, l’harmonisation des normes devient une réalité concrète.
une volonté politique affirmée : des pays comme le Burkina Faso, le Rwanda, l’Égypte, le Maroc, le Sénégal ou l’Afrique du Sud ont lancé des programmes ambitieux de production locale.
construire une industrie pharmaceutique durable : la feuille de route
L’erreur historique a été de vouloir reproduire le modèle des géants pharmaceutiques internationaux sans en maîtriser les fondements. Une industrie ne se décrète pas : elle se construit patiemment, en consolidant d’abord les segments les plus accessibles et stratégiques.
Pendant des années, les investissements se sont concentrés sur des équipements importés, sans développer en parallèle les compétences locales, les savoir-faire techniques et les actifs industriels. Ce modèle a conduit à une production locale plus coûteuse que les importations, renforçant la dépendance aux matières premières, aux technologies et aux expertises étrangères. Pour atteindre la souveraineté sanitaire, l’afrique doit adopter une approche rigoureuse, méthodique et visionnaire.
La clé réside dans une stratégie ancrée dans les besoins endogènes du continent, s’appuyant sur ses forces : un marché en croissance, une biodiversité médicinale riche, une dynamique réglementaire en marche et une volonté politique affirmée. Cette tribune propose une feuille de route claire et pragmatique aux décideurs publics pour reconquérir la souveraineté sanitaire de l’afrique d’ici 2045. Notre santé, notre industrie. Produire ici pour soigner ici, et demain, soigner le monde.

Dr Arnaud Kaboré
Pharmacien et ingénieur, cadre dirigeant dans le secteur de la santé
