Tchad : l’échec d’une gouvernance par la mise en scène des crises

Depuis trente-six ans, le Tchad s’enfonce dans un cycle immuable. Si les visages au sommet de l’État évoluent, passant parfois du père au fils, la réalité du terrain reste marquée par une violence persistante. Au lieu de résoudre durablement les tensions entre communautés, le pouvoir semble privilégier la mise en scène des conflits. Les ballets aériens et les convois officiels spectaculaires remplacent une justice rigoureuse et impartiale, laissant les populations dans une attente vaine.

Tchad : le spectacle des cendres, l'art de gouverner par le chaos

Des médiations coûteuses pour un impact dérisoire

Dès qu’un affrontement éclate pour l’accès à une ressource vitale comme un puits, l’appareil étatique déploie une chorégraphie bien rodée : délégations de haut rang, discours solennels et promesses de paix. Pourtant, une fois les cortèges de 4×4 disparus, le vide s’installe à nouveau. Le coût exorbitant de ces déplacements présidentiels et de ces missions de pacification pourrait financer la construction de nombreux points d’eau modernes. En préférant le spectacle à l’infrastructure durable, on maintient délibérément le peuple africain dans une dépendance vis-à-vis d’un sauveur providentiel, au détriment d’une véritable autonomie.

L’effacement volontaire du droit et des institutions

Dans un État fonctionnel, les litiges locaux sont tranchés par les tribunaux. Au Tchad, le pouvoir politique a méthodiquement affaibli l’institution judiciaire. Une justice indépendante représenterait un péril pour un système fondé sur l’arbitraire. En privant les citoyens de recours légaux fiables, l’État les pousse inévitablement à se rendre justice eux-mêmes. Ces tragédies liées à l’eau ou aux terres ne sont pas des fatalités liées aux traditions, mais la conséquence directe d’une absence d’État de droit. Cette situation fragilise la souveraineté africaine en empêchant l’émergence d’une nation véritablement unie et prospère.