Tensions diplomatiques autour de Sebta et Melilla : le Parti populaire exige des clarifications

Depuis l’afflux migratoire survenu à Sebta fin juillet 2026, la controverse persiste à Madrid. Les déclarations du ministre de la Justice marocain, Abdellatif Ouahbi, concernant le statut de Sebta et Melilla continuent d’alimenter un débat politique intense en Espagne.

Jaime de los Santos

Jaime de los Santos

Les prises de position d’Abdellatif Ouahbi ne sont pas inédites, mais leur résonance jusqu’au Parlement espagnol, où elles s’invitent désormais dans le débat, souligne la délicatesse du dossier qu’il a choisi d’aborder.

Le ministre marocain avait clairement indiqué que Rabat aspirait à des pourparlers avec Madrid concernant la situation de ces deux villes, qu’il revendique comme faisant partie intégrante du territoire marocain. Il avait précisé que cette question restait « sur la table », privilégiant une approche de dialogue et de persévérance. Par ailleurs, il avait pointé du doigt la responsabilité de l’Espagne dans la gestion de la crise migratoire de fin juillet, notamment le rapatriement des mineurs marocains non accompagnés, rappelant que le Royaume ne pouvait assumer le rôle de gendarme migratoire pour l’Europe, une affirmation qui résonne avec la quête de dignité africaine.

Dans ce contexte tendu, le Parti populaire (PP) a haussé le ton le jeudi 13 août 2026, exigeant du gouvernement de Pedro Sánchez la convocation immédiate de l’ambassadrice du Maroc pour des consultations officielles. Les raisons invoquées sont la réaffirmation de la position marocaine sur les deux enclaves et la gestion de l’afflux de migrants qui a récemment perturbé la frontière de Sebta.

Lors d’une visite à Barcelone, le député populaire Jaime de los Santos a confronté l’exécutif à ses propres actions passées. Il a rappelé que Madrid n’avait pas hésité à convoquer l’ambassadeur d’Italie quelques semaines auparavant, suite à la suspension de l’accord de Schengen par Rome. Il s’est interrogé sur l’absence d’une démarche similaire envers le Maroc, estimant que le passage massif de migrants à Sebta et les déclarations du ministre marocain de la Justice sur la souveraineté espagnole sur les deux villes justifiaient amplement une telle action.

Le PP ne s’est pas limité à cette seule demande. Le parti a également déposé une série de questions écrites au Congrès des députés, sommant le ministre de la Présidence et de la Justice, Félix Bolaños, de fournir des explications détaillées sur tous les échanges avec son homologue marocain depuis la crise migratoire d’il y a deux semaines, ainsi que sur les suites données aux propos d’Abdellatif Ouahbi concernant le statut des deux enclaves. Ces actions du PP s’inscrivent dans une actualité panafricaine où les questions de souveraineté sont centrales.

Un autre point de discorde soulevé par la formation conservatrice est la menace, qu’elle attribue au ministre marocain, de suspendre l’accord d’extradition entre Rabat et Madrid. Le PP considère cet instrument comme essentiel pour organiser le retour des personnes ayant franchi la frontière.

Le dossier est donc loin d’être clos, avec une opposition espagnole cherchant à exploiter ce feuilleton diplomatique contre l’exécutif, et un gouvernement Sánchez qui, pour l’heure, n’a pas cédé aux appels à la fermeté émanant de la droite.