Le Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a décidé de rompre unilatéralement ses relations diplomatiques avec la France. Cette annonce, officialisée vendredi, s’accompagne du départ de l’ensemble des représentants français du pays. Tous les diplomates en poste à Ouagadougou sont rentrés en France dès la fin de la semaine dernière, tandis que le personnel burkinabè en France doit quitter le territoire sous 48 heures, soit avant ce lundi soir.

Le ministère français des Affaires étrangères a réagi avec fermeté à cette décision jugée « hostile et sans fondement ». Il a été clairement indiqué au chargé d’affaires du Burkina Faso à Paris que le principe de réciprocité s’appliquait : les sept jours impartis pour le départ des diplomates burkinabè ont été strictement respectés. « Nous en avons tiré les conséquences logiques », a souligné une source officielle.
Paris a également démenti avec la plus grande vigueur les accusations de soutien aux groupes terroristes, qualifiées de « completely fausses » par le Quai d’Orsay. Ces allégations, avancées par les autorités de Ouagadougou pour justifier la rupture, ont été catégoriquement rejetées. Le ministère a rappelé l’engagement historique de la France dans la lutte antiterroriste au Sahel, un engagement payé au prix fort par les soldats français.
Face à l’escalade des violences au Sahel, la France a réaffirmé son soutien aux populations locales, premières victimes des exactions terroristes. Un appel à la vigilance a été lancé à destination des ressortissants français résidant au Burkina Faso, où plus de 2 000 d’entre eux sont inscrits au registre consulaire. De leur côté, plus de 6 000 Burkinabè vivent actuellement en France.
Un tournant souverainiste sous Ibrahim Traoré
Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2022, suite à un coup d’État, le capitaine Ibrahim Traoré impose au Burkina Faso une ligne politique radicalement souverainiste. Cette orientation se traduit par une répression accrue des oppositions et une hostilité marquée envers les anciennes puissances coloniales, en particulier la France. Dès 2023, la junte avait déjà exigé le rappel de l’ambassadeur français, dénoncé les accords militaires bilatéraux et obtenu le départ des forces françaises engagées dans la lutte contre les groupes jihadistes.
Les tensions se sont depuis intensifiées, avec des accusations répétées d’« activisme incessant » portées contre Paris. Le régime a progressivement tourné le dos à l’Hexagone pour se rapprocher de partenaires alternatifs, tels que la Russie, la Turquie ou encore l’Iran, marquant ainsi une reconfiguration géopolitique majeure dans la région.
