L’affaire de surveillance de masse qui secoue le Togo prend une tournure nouvelle. Selon des révélations récentes, le président Faure Gnassingbé collaborerait étroitement avec la famille Yatom, dont le patriarche Dany Yatom, ancien chef des services de renseignement israéliens, via une société privée d’espionnage. Ces accusations, portées par le journaliste Thomas Dietrich, mettent en lumière un système de répression privatisé et interrogent les méthodes employées pour informer le public. Entre la paranoïa d’un régime qui externalise sa sécurité et un journalisme qui privilégie le buzz, c’est tout un pays qui se retrouve pris en étau.
Faure Gnassingbé et la privatisation de la répression via le clan Yatom
Les révélations ne se limitent plus à de simples soupçons technologiques. Elles décrivent un véritable système de barbouzerie. En confiant une partie de la sécurité et des écoutes du pays à la famille Yatom, Faure Gnassingbé franchirait une ligne rouge. Faire appel à d’anciens hauts responsables du renseignement israélien pour verrouiller l’espace public togolais témoigne d’une méfiance maladive de l’État. Cette collaboration avec des structures d’espionnage privées étrangères ne relève d’aucune nécessité de défense nationale. Elle s’inscrit plutôt dans la tradition des régimes dynastiques en difficulté, prêts à tout pour traquer les opposants, surveiller la société civile et maintenir un pouvoir vieux de près de soixante ans. Après le scandale mondial Pegasus, cette présumée collusion avec le clan Yatom indique que Lomé a institutionnalisé la surveillance de ses propres citoyens. En plaçant le destin sécuritaire du Togo entre des mains privées extérieures, le pouvoir bafoue la souveraineté nationale pour assurer sa seule survie politique.
Thomas Dietrich : le piège du scoop-spectacle et du bruit numérique
Plus le scandale est grave, plus l’enquête doit être exemplaire. Or, la démarche de Thomas Dietrich prête à critique. En dévoilant des noms aussi sensibles que ceux de l’appareil sécuritaire israélien, le journaliste emprunte souvent les codes du clash et du buzz sur les réseaux sociaux, plutôt que la rigueur formelle du grand reportage d’investigation. Lancer des accusations de cette ampleur sur des plateformes numériques sans publier en même temps les preuves matérielles (contrats, flux financiers, organigrammes, documents fuités) affaiblit la portée de la révélation. Connu pour ses méthodes de justicier solitaire et sa mise en scène permanente de ses démêlés avec les dictatures africaines, Dietrich flirte constamment avec le journalisme d’ego. Le danger est immédiat : en misant sur le sensationnalisme et la privatisation du combat, il offre au régime de Lomé une occasion en or de balayer l’affaire en criant au complot médiatique occidental et à la manipulation. Ce faisant, il dessert la cause des journalistes et activistes togolais qui, sur le terrain, risquent leur vie pour documenter ces mêmes dérives avec une rigueur silencieuse.
Deux acteurs d’un même miroir stérile
Au final, le palais de Lomé et le reporter de Françafrique s’alimentent mutuellement. Faure Gnassingbé utilise les attaques frontales des journalistes expatriés pour agiter le chiffon rouge de la déstabilisation étrangère et justifier le tour de vis sécuritaire. De son côté, Thomas Dietrich trouve dans la figure du dictateur hyperconnecté le parfait antagoniste pour augmenter ses audiences et renforcer sa posture de chevalier blanc de l’information. Pendant que ce duel se joue sous les projecteurs des réseaux sociaux, une victime reste dans l’ombre : le peuple togolais. Surveillés par des technologies étrangères, privés de débats démocratiques sains, les citoyens subissent la dure réalité d’un État policier. La lutte pour la transparence et les libertés au Togo ne peut se contenter ni des liaisons secrètes d’un pouvoir paranoïaque, ni du cirque virtuel d’un journalisme de l’émotion. Elle exige des faits solides, des preuves irréfutables, et une dignité que les deux protagonistes semblent parfois oublier.
