Togo : quand les accords militaires avec la Russie et l’africa corps redéfinissent la sécurité régionale
Le Togo s’impose comme un acteur clé dans la lutte contre l’insécurité au Sahel. Face à la montée des menaces jihadistes, le pays a choisi de diversifier ses partenariats militaires, en s’appuyant sur des alliances stratégiques avec la Turquie, la Russie et son Africa Corps. Une stratégie qui soulève des questions sur les nouvelles dynamiques géopolitiques en Afrique de l’Ouest.
Depuis plusieurs années, Lomé renforce discrètement ses capacités de défense pour contrer les groupes armés opérant dans la région. Après avoir sollicité l’aide de la Turquie pour un soutien aérien et une assistance technique, les autorités togolaises ont récemment tourné leur attention vers Moscou. L’arrivée de l’Africa Corps, une force russe spécialisée dans les opérations en Afrique, marque un tournant dans cette politique de sécurité.
Une coopération militaire en pleine expansion avec Ankara et Moscou
Le gouvernement togolais a longtemps privilégié des partenariats discrets pour sécuriser ses frontières. Dès 2023, des discussions secrètes avec la Turquie ont abouti à des accords portant sur la modernisation de l’aviation militaire et la formation des forces locales. Ces collaborations ont permis au Togo de renforcer sa surveillance aérienne, un atout majeur face à la progression des groupes jihadistes au Bénin et au Burkina Faso voisins.
Cependant, c’est avec la Russie que les échanges prennent une nouvelle dimension. Depuis 2025, des négociations ont été engagées pour intégrer l’Africa Corps dans la stratégie de défense togolaise. Cette force, composée d’anciens militaires russes, est réputée pour son efficacité dans les zones de conflit. Son déploiement au Togo pourrait offrir une alternative aux partenariats traditionnels avec les puissances occidentales, souvent perçus comme moins flexibles.
Des bases secrètes et des enjeux de souveraineté
Les accords militaires signés entre le Togo et ces deux pays s’accompagnent de la création de bases logistiques et de centres de formation. Parmi elles, la base de Dihiaga, dans la région des Savanes, joue un rôle central. Initialement utilisée pour des exercices conjoints avec la Turquie, elle accueille désormais des instructeurs russes, marquant une nouvelle étape dans la coopération sécuritaire.
Cette évolution suscite des interrogations sur la souveraineté du Togo. En s’appuyant sur des forces étrangères, le pays renforce sa sécurité, mais doit aussi composer avec des dépendances stratégiques. Les autorités togolaises insistent sur le fait que ces partenariats restent sous contrôle national, mais les observateurs s’interrogent sur les implications à long terme.
Un choix risqué ou une nécessité face à l’urgence sécuritaire ?
Le Togo n’est pas le seul pays d’Afrique de l’Ouest à diversifier ses alliances militaires. Le Niger et le Mali ont aussi fait le choix de se tourner vers la Russie et d’autres partenaires non traditionnels. Cette tendance reflète une volonté de réduire la dépendance envers les anciennes puissances coloniales et de gagner en autonomie.
Pour le président Faure Gnassingbé, ces accords sont une réponse à l’urgence sécuritaire. Les groupes jihadistes, comme ceux affiliés à AQMI ou à l’État islamique, menacent directement la stabilité de la région. En s’alliant à l’Africa Corps, Lomé envoie un signal fort : le Togo est prêt à prendre des mesures radicales pour protéger sa population et ses intérêts.
Quelles perspectives pour l’avenir ?
Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact de ces partenariats. Si les premiers résultats en termes de formation et d’équipements sont encourageants, les défis restent nombreux. La coordination entre les différentes forces, la gestion des bases étrangères et la préservation de la souveraineté togolaise seront au cœur des débats.
Une chose est sûre : le Togo a choisi de jouer un rôle actif dans la lutte contre le terrorisme. Que cette stratégie porte ses fruits ou non, elle redéfinit les équilibres géopolitiques en Afrique de l’Ouest et pourrait inspirer d’autres nations de la région.
