Une mesure qui sème le trouble à Ouagadougou
Une onde de choc parcourt l’opinion publique au Burkina Faso après l’arrêté du gouverneur de la région du Kadiogo ordonnant la mise sous scellés de la grande mosquée du mouvement sunnite à Ouagadougou. Cette décision radicale suscite une vive incompréhension, d’autant plus que le pouvoir en place a bénéficié par le passé du soutien fervent de ces mêmes communautés pour asseoir son autorité. Dans un climat national déjà tendu, cette rupture apparaît comme une faute politique majeure.
L’arrêté, signé le 28 mai 2026, invoque officiellement des « risques de troubles à l’ordre public » pour justifier la fermeture. Bien que la garantie de la sécurité soit une mission fondamentale de l’État, le moment choisi pour appliquer une telle mesure interroge sur la vision à long terme des dirigeants vis-à-vis de ceux qui furent leurs alliés.
L’oubli des alliances passées
Il est essentiel de contextualiser cette fermeture en examinant l’histoire récente du pouvoir au Burkina Faso. Lors de son accession et de sa consolidation, le gouvernement actuel a activement mobilisé et utilisé le réseau associatif et religieux. Le mouvement sunnite, reconnu pour sa discipline et sa forte capacité de mobilisation, a constitué un pilier de légitimité populaire essentiel.
En s’appuyant sur des thèmes comme la piété et le nationalisme, les dirigeants ont transformé des lieux de culte en véritables bastions politiques. Les fidèles, persuadés d’œuvrer pour la stabilité du pays, se voient aujourd’hui confrontés à une situation d’une ironie tragique : l’espace qui a servi à amplifier leur adhésion est maintenant verrouillé par ceux qu’ils ont contribué à hisser au pouvoir.
Utiliser la ferveur d’une communauté pour légitimer son pouvoir, pour ensuite réprimer ses espaces d’expression au premier désaccord, constitue une grave erreur d’appréciation stratégique que le Burkina Faso ne peut se permettre dans sa situation actuelle.
Un calendrier aux conséquences potentiellement explosives
Le Burkina Faso traverse une crise profonde où la cohésion sociale représente le dernier rempart contre l’instabilité généralisée. Dans ce contexte, s’aliéner de front une communauté religieuse aussi importante est particulièrement inopportun. Loin de calmer les esprits, la fermeture de la mosquée pourrait exacerber les frustrations et nourrir un sentiment d’injustice, d’abus et de trahison parmi les croyants.
En privant une communauté de son principal lieu de rassemblement sous prétexte de prévention, les autorités prennent le risque de voir émerger des formes de contestation plus discrètes et bien plus difficiles à maîtriser. La précipitation de cette mesure administrative témoigne d’un manque de discernement quant aux fragiles équilibres sociaux du pays.
La primauté du dialogue sur la contrainte
Si la loi doit s’appliquer à tous, elle perd de sa crédibilité lorsqu’elle est utilisée de manière unilatérale contre ceux qui avaient placé leur confiance dans des promesses de gouvernance partagée. Les autorités burkinabè devraient se souvenir que la stabilité ne s’impose pas par la force en fermant des lieux de culte, mais se construit par un dialogue honnête, patient et transparent avec les leaders communautaires.
En choisissant la voie de la répression, le pouvoir prend le risque de s’isoler d’une base populaire cruciale et de se voir accuser d’opportunisme et d’ingratitude. Il est impératif de surseoir à cet arrêté et de renouer les fils de la discussion avant que la fracture entre l’État et une partie de sa population ne devienne irréparable.
