Cameroun : l’année blanche de paul biya, entre immobilisme politique et paralysie économique

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Un an de pouvoir prolongé : et si le Cameroun perdait son souffle économique ?

Douze mois après la reconduction de Paul Biya à la tête du Cameroun, le débat fait rage : les promesses de relance, de modernisation et de dialogue tiennent-elles toujours ? Alors que le président, au pouvoir depuis 1982, avait affiché une volonté de réforme, les observateurs s’interrogent sur l’écart croissant entre les discours et les actes. Entre immobilisme institutionnel et défis sécuritaires non résolus, les investisseurs et la société civile observent, sceptiques. Le RDPC, parti au pouvoir, se retrouve sous le feu des critiques pour sa gestion jugée trop lente de dossiers clés.

Les réformes électorales et le casse-tête anglophone

La réforme du code électoral, promise depuis des années, reste lettre morte. Malgré les tensions post-électorales de 2018, aucune avancée concrète n’a été enregistrée quant à la modernisation du processus électoral, notamment la composition contestée d’Elections Cameroon (Elecam). L’opposition, menée par des figures comme Maurice Kamto ou Cabral Libii, réclame toujours une refonte profonde de l’organe indépendant, mais le gouvernement campe sur ses positions. Un statu quo qui alimente les frustrations.

Le conflit dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, déclenché en 2016, persiste sans solution durable. Bien que le Grand dialogue national de 2019 ait abouti à l’adoption d’un statut spécial pour ces zones, sa mise en œuvre reste chaotique. Les combats entre l’armée et les séparatistes continuent de paralyser l’économie locale, notamment la filière cacaoyère, vitale pour le pays. Les Nations unies estiment à plusieurs centaines de milliers le nombre de déplacés internes, un chiffre qui peine à diminuer malgré les annonces officielles.

Croissance en demi-teinte et dette sous surveillance

Sur le plan économique, le Cameroun affiche une croissance du PIB oscillant entre 3,5 % et 4 % par an, selon la Banque des États de l’Afrique centrale et le FMI. Un rythme insuffisant pour absorber les quelque 400 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Le ratio dette publique/PIB, proche de 45 %, réduit les marges de manœuvre de l’État pour lancer de nouveaux projets d’infrastructures ambitieux.

Le programme avec le Fonds monétaire international, basé sur la Facilité élargie de crédit, impose une rigueur budgétaire et une transparence accrue sur la dette. Mais les engagements peinent à se traduire par des résultats tangibles, notamment dans les secteurs clés comme l’énergie ou les transports. Les bailleurs de fonds, dont la Chine et la France, surveillent de près la capacité du gouvernement à honorer ses promesses.

Boko Haram et la crise du lac Tchad : une menace persistante

À l’Extrême-Nord, la menace terroriste de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest reste une réalité quotidienne. Malgré l’engagement de la Force multinationale mixte (Cameroun, Nigeria, Niger, Tchad), les attaques se poursuivent contre les populations civiles. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU classe cette région parmi les zones les plus exposées du Sahel élargi. Le Cameroun maintient un effort militaire soutenu, mais l’absence d’une stratégie publique claire soulève des interrogations sur l’efficacité des contre-mesures.

Succession au pouvoir : l’ombre de l’incertitude pèse sur les investisseurs

À plus de 90 ans, Paul Biya incarne une longévité politique exceptionnelle, mais aussi un défi pour l’avenir du Cameroun. La révision de 2008 de l’article 6 de la Constitution a supprimé la limite des mandats, laissant planer le doute sur la transition. Les spéculations autour des ambitions du secrétaire général de la présidence, du Premier ministre Joseph Dion Ngute ou des cadres du RDPC se multiplient à l’approche des élections législatives et municipales. Un flou qui inquiète les partenaires économiques, à l’heure où des précédents comme celui du Gabon en 2023 remettent en question la stabilité politique en Afrique centrale.

Les investisseurs étrangers, notamment dans les secteurs des hydrocarbures, des télécoms et du port de Kribi, attendent des signaux forts. Pour l’instant, aucune annonce officielle n’a modifié le cadre institutionnel ni ouvert la voie à une transition organisée. Dans ce contexte, le deuxième anniversaire du mandat de Biya pourrait devenir un test décisif pour la crédibilité de l’exécutif camerounais.

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