Les autorités militaires de transition du Burkina Faso ont récemment pris une décision qui ébranle la liberté de la presse : l’expulsion d’Agnès Faivre et Sophie Douce. Ces deux correspondantes, respectivement pour les prestigieux quotidiens français Libération et Le Monde, opéraient pourtant en toute légalité, munies de visas et d’accréditations valides. Cet acte marque un nouveau défi pour l’information indépendante dans le pays d’Afrique de l’Ouest.
Le 31 mars, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, les deux reporters ont été convoquées et interrogées par des agents des services de renseignement. D’après les informations rapportées par Le Monde et Libération, elles ont ensuite reçu l’ordre de quitter le territoire burkinabè sous 24 heures, sans qu’aucune justification officielle ne leur soit fournie pour cette mesure d’expulsion.
Dans un éditorial incisif, Libération a jugé cette expulsion « injustifiée », suggérant un lien direct avec l’enquête de sa correspondante, publiée le 27 mars. Cette investigation portait sur une vidéo troublante, prétendument tournée dans une caserne militaire à Ouahigouya (province de Yatenga), montrant des corps d’enfants jonchant le sol, en présence d’individus en uniformes militaires burkinabè. De son côté, Le Monde a qualifié ces expulsions d’« inacceptables », dénonçant avec la plus grande fermeté une « décision arbitraire ».
Cette expulsion de journalistes s’inscrit malheureusement dans une série d’atteintes croissantes aux libertés d’expression et de la presse au Burkina Faso. Précédemment, le 27 mars, les émissions de la chaîne d’information internationale française France 24 avaient été suspendues. De même, Radio France Internationale (RFI), autre média d’information international français, avait vu ses diffusions interrompues dès le 3 décembre 2022. Le gouvernement burkinabè avait alors justifié ces suspensions par des accusations de diffusion de fausses nouvelles.
Daouda Diallo, éminent activiste burkinabè des droits humains et lauréat du prestigieux prix Martin Ennals en 2022, a fermement réagi : « La junte porte des coups irréparables à la liberté d’expression dans cette nation. Le journalisme, loin d’être un crime, doit cesser d’être une profession à risque au Burkina Faso. »
Au Burkina Faso, qu’ils soient locaux ou internationaux, les journalistes et les médias subissent une intensification des actes de harcèlement, des menaces et des arrestations arbitraires. Cette situation révèle une tentative manifeste de la junte militaire de réduire au silence les voix indépendantes et critiques, essentielles à une information pluraliste dans le pays.
Dans un contexte où le Burkina Faso est confronté à un conflit armé contre des groupes islamistes, il est impératif que les journalistes puissent exercer leur profession en toute liberté, sans craindre de représailles. Les autorités militaires de transition sont vivement encouragées à revenir sur leur décision, permettant ainsi à Agnès Faivre et Sophie Douce de reprendre leur mission. Plus largement, il est crucial que tous les obstacles entravant le travail vital des journalistes, qui éclairent et éduquent la population burkinabè, soient levés.
