Le sommet « Africa Forward », qui s’est tenu récemment à Nairobi sous l’égide de la France et du Kenya, a mis en lumière l’importance du développement par le sport. Cette thématique résonne particulièrement avec les ambitions du Sénégal, qui s’apprête à écrire une page d’histoire en accueillant les prochains Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) à Dakar cet automne. Cet événement sera une première pour le continent africain, marquant un jalon olympique sans précédent.


À moins de six mois de cette échéance majeure (du 31 octobre au 13 novembre), l’affirmation est claire : « Le Sénégal sera prêt ». La capitale sénégalaise, Dakar, est en pleine effervescence, engagée dans les préparatifs de ces 4e JOJ d’été. Initialement prévus en 2022, ces jeux ont été reportés en raison de la pandémie de Covid-19. Ahmadou al-Aminou Lo, un haut fonctionnaire au titre étendu de Ministre d’État auprès du Président de la République, chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’agenda national de transformation Sénégal 2050, supervise activement ce projet historique. Cet ancien directeur national de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) dirige également un « comité de veille » des JOJ, se réunissant bimensuellement avec tous les acteurs étatiques, locaux et institutionnels pour assurer le respect des délais impératifs.
Ces Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 sont conçus pour accueillir 2700 jeunes athlètes internationaux, tous âgés de 17 ans maximum au moment des compétitions. Le programme prévoit 25 sports de compétition et dix sports dits « d’engagement » en démonstration, avec un total de 153 épreuves (73 masculines, 73 féminines et 7 mixtes), comme le précise le CIO.
Ahmadou al-Aminou Lo décrit son rôle comme celui d’une « assurance qualité » pour les préparatifs. Il œuvre à garantir l’agilité des structures étatiques sénégalaises pour que tout soit prêt à temps. « Il en va de l’image du Sénégal et de l’Afrique, c’est une double pression et une responsabilité : nous avons l’obligation de démontrer que nous sommes capables d’organiser des événements sportifs d’envergure mondiale », souligne le ministre d’État sénégalais.
Au-delà des aspects organisationnels et de sécurité, Dakar se fixe un objectif ambitieux en matière de propreté. Le ministre d’État Lo l’affirme : « Notre première médaille sera celle de la propreté. On a mis en place un plan de bataille pour faire ce que Kigali a réussi ». La capitale rwandaise est classée en tête des villes les plus propres d’Afrique en 2025, tandis que Dakar se positionne au 17e rang, un écart que les autorités sénégalaises entendent réduire.
Une coopération renforcée avec la France
Les rues de Dakar, notamment les axes majeurs reliant la capitale à l’aéroport international Blaise-Diagne, sont déjà ornées d’affiches annonçant les JOJ. Dans le quartier du Plateau, des bâches blanches entourent la place de l’Indépendance, en pleine « travaux de réhabilitation ».

L’ambassade de France au Sénégal, située à proximité, joue un rôle clé dans cette dynamique. L’ambassadrice Christine Fages souligne le lien étroit entre les Jeux Olympiques de Paris 2024 et les JOJ de Dakar, notamment à travers l’Alliance Dioko. Cette convention, établie en 2019, favorise un « partage d’informations et de bonnes pratiques » entre les comités d’organisation français et sénégalais (Cojoj), couvrant des domaines allant du recrutement des volontaires à la sécurisation des sites. Bruno Le Ray, ancien directeur de la sécurité de Paris 2024, s’est d’ailleurs rendu à Dakar pour évaluer les besoins spécifiques.
Christine Fages précise que « dans le cadre du partenariat avec le Sénégal, une trentaine d’experts de Paris 2024 ont été intégrés dans l’équipe de Dakar 2026. » Un programme de formation, la Learning Academy, a également permis à 419 jeunes d’acquérir un savoir-faire en organisation d’événements sportifs, grâce à un fonds d’un million d’euros soutenu par l’ambassade de France. Par ailleurs, un prêt souverain de 80 millions d’euros de l’Agence française de développement (AFD) a financé la rénovation du Stade Iba-Mar-Diop, du complexe Tour de l’oeuf (abritant la piscine olympique), et la création de douze infrastructures sportives de proximité.
L’ambassade de France contribue également au développement sportif local, avec un soutien de 233 000 euros sur deux ans à l’Académie de judo du lycée Lamine Gueye à Dakar. Cette aide a permis de rénover l’internat et le dojo, tout en assurant un accompagnement sportif et médical aux jeunes judokas sénégalais en vue des JOJ.
Lors d’une visite le 4 mai au complexe Tour de l’oeuf, situé dans le quartier Point E, les travaux se poursuivaient activement, bien que légèrement en retard sur le calendrier initial. Menés notamment par Sogea-Satom, filiale africaine de Vinci, ces travaux concernent la piscine olympique, les bassins d’entraînement et de plongeon, ainsi que les tribunes, avec plus de 450 ouvriers mobilisés. Le site accueillera également les épreuves de basket 3×3, de baseball, de breaking et de skateboard.
Une piscine olympique à la pointe

Les opérateurs du site assurent qu’aucun incident grave n’a été déploré durant les travaux. Un test de remplissage complet des trois bassins, dotés d’une « technologie d’économie d’eau et d’énergie », est prévu pour le 15 mai. Le Cojoj devrait prendre possession des clés du complexe le 15 août, soit deux mois et demi avant le coup d’envoi des compétitions. Des responsables du complexe ont participé à un « programme d’observation » lors des Jeux de Paris il y a deux ans, dans une démarche axée sur l’héritage. Après les JOJ, le site sera transformé pour offrir des terrains de football, de basket-ball, de handball et de tennis à la communauté.
Pour le Sénégal, la pérennisation de ces infrastructures au service de la population représente un autre défi post-événement. Le ministre Ahmadou al-Aminou Lo insiste : « Nous voulons que les JOJ soient un élément déclencheur en matière d’héritage pour notre jeunesse. » Cela inclut le développement de la formation, la création de centres d’excellence sport-études et la promotion de la haute compétition. L’économie du sport est un pilier central de l’agenda Sénégal 2050, d’autant plus que la moitié de la population sénégalaise a moins de 19 ans. Actuellement, la contribution du sport au PIB du Sénégal n’est que de 15 millions d’euros, un chiffre que le pays vise à doubler grâce à l’industrie MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions), notamment le tourisme d’affaires et événementiel.
