Dette du Sénégal : les solutions alternatives au modèle du FMI en débat

À Dakar, économistes, intellectuels et responsables politiques s’affrontent autour de la question cruciale de la dette publique du Sénégal. Lors d’un forum de deux jours dédié aux défis économiques du pays, les participants ont dénoncé les politiques d’austérité imposées par les institutions financières internationales et exploré des voies pour une gestion plus équilibrée de l’endettement national.

Illustration montrant des billets de franc CFA, symbole des débats sur la dette

Un forum pour repenser la gestion de la dette sénégalaise

La Conférence internationale sur la dette du Sénégal, intitulée « Crise de la dette au Sénégal : vers des solutions durables et progressistes, alternatives à l’approche austéritaire du FMI », a réuni experts, chercheurs et anciens ministres. L’événement s’inscrit dans une réflexion plus large sur les mécanismes de la dette en Afrique, où les pays peinent à concilier remboursement et développement socio-économique.

Parmi les intervenants, l’économiste Ndongo Samba Sylla, directeur régional pour l’Afrique de l’International Development Economics Associates (Ideas), a tiré à boulets rouges sur le Fonds monétaire international (FMI). Pour lui, l’institution n’est pas un acteur neutre, mais bien un instrument des politiques économiques imposées par les puissances occidentales.

Le FMI, un remède pire que le mal ?

Selon Ndongo Samba Sylla, le FMI aggrave la situation de la dette en Afrique en maintenant les pays dans des « pièges de dépendance ». Il déclare : « Le FMI crée le problème et le maintient. Son approche pro-créanciers, dictée par les États-Unis et la France, sert des intérêts géopolitiques plutôt qu’une réelle stabilité économique. Les pays les plus endettés sont souvent ceux qui alignent leur politique sur les grandes puissances, ce qui renforce leur contrôle. Pour nous, le FMI ne sera jamais la solution. »

Cette analyse divise. Certains y voient une critique justifiée des politiques néocoloniales, tandis que d’autres estiment que le rejet systématique du FMI pourrait priver le Sénégal de financements essentiels.

Dette et franc CFA : un duo explosif ?

Le débat s’est aussi concentré sur le rôle du franc CFA, que Ndongo Samba Sylla présente comme un frein majeur au développement. Une thèse contestée par Alioune Tine, fondateur de l’Afrikajom Center et ancien rapporteur spécial de l’ONU pour les droits de l’homme en Afrique.

Pour Alioune Tine, la crise de la dette dépasse la question monétaire : « La gestion de la dette doit être abordée de manière collective par l’ensemble des pays africains endettés. Seule une réponse unie permettra de refuser les politiques d’austérité qui étouffent nos économies. » Il insiste sur l’importance d’une coordination régionale pour peser face aux créanciers internationaux.

Illustration d’un distributeur automatique de billets en Afrique, symbole des enjeux financiers

Une dette publique dépassant 130 % du PIB

Fin 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko avait révélé l’existence d’une « dette cachée » et d’irrégularités budgétaires liées à la gestion précédente. Une révélation confirmée par le FMI, qui évalue l’endettement du Sénégal à plus de 130 % de son PIB.

Face à ce constat, des voix s’élèvent pour demander l’annulation de cette dette illégitime. Ndongo Samba Sylla argue : « Une dette illégale ne doit pas être payée. Même si elle devait l’être, une banque centrale souveraine pourrait en faciliter le remboursement sans asphyxier les finances publiques. »

De son côté, Alioune Tine appelle à une approche pragmatique, loin des postures nationalistes : « Il faut dépasser l’émotion et reconnaître notre interdépendance dans un monde globalisé. Les rapports de force économiques ne se résument pas à la souveraineté : ils exigent une stratégie collective. »

Transparence et contrôle parlementaire : les pistes du gouvernement

Le parti au pouvoir, Pastef-Les Patriotes, a annoncé des mesures pour mieux encadrer l’endettement. Ayib Daffé, président du groupe parlementaire du parti, a souligné : « Pour éviter de nouveaux dérives, il est impératif de renforcer le contrôle parlementaire sur la dette et les budgets. Les lois de finances doivent respecter des principes de sincérité et de transparence. »

Parallèlement, le président Bassirou Diomaye Faye a rencontré Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, lors d’un sommet à Nairobi. L’objectif ? Trouver une issue à la crise économique qui frappe le Sénégal depuis plus de deux ans, selon la présidence sénégalaise.

Alors que les débats font rage, une chose est sûre : la question de la dette du Sénégal ne se limite pas à des chiffres. Elle engage l’avenir économique et social du pays, et pourrait redéfinir les relations du Sénégal avec les institutions financières internationales.