Gabon : comment la science booste l’autonomie alimentaire du pays

Gabon : comment la science booste l’autonomie alimentaire du pays

Libreville, juin 2026 – Le Gabon mise sur une stratégie audacieuse pour sécuriser son approvisionnement alimentaire. Loin des traditionnels débats sur les importations, c’est dans les laboratoires du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST) à Kougouleu que se joue une partie de l’avenir économique du pays.

La visite du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et porte-parole du gouvernement, Charles Edgar Mombo, dans ce pôle d’innovation, illustre une volonté politique claire : transformer la recherche en levier concret de souveraineté nationale. Dans un contexte où les dépenses d’importation alimentaire pèsent lourdement sur les finances publiques, l’enjeu est de taille : réduire la dépendance aux denrées étrangères, notamment dans le secteur avicole.

D’ici 2027, les autorités gabonaises visent un objectif ambitieux : atteindre une autonomie partielle dans la production de viande de volaille. Pour y parvenir, la maîtrise de l’alimentation animale devient un pilier central de cette stratégie. Le maïs et le soja, ingrédients essentiels des aliments pour bétail, représentent actuellement des postes de dépense majeurs pour les éleveurs locaux.

Une agriculture scientifique au service du développement

À Kougouleu, les équipes du CENAREST mènent des travaux d’envergure. Onze variétés de maïs sont actuellement testées pour identifier celles qui s’adaptent le mieux aux spécificités climatiques et pédologiques du Gabon. L’objectif ? Sélectionner des semences capables de garantir des rendements optimaux pour soutenir une filière avicole en pleine croissance.

Les recherches s’étendent également au soja. Dans le cadre d’une collaboration internationale avec des centres de recherche du Malawi, onze variétés de cette légumineuse sont évaluées. Des essais complémentaires sont menés dans la province de la Nyanga, en particulier à Tchibanga, afin d’analyser les performances selon les différents écosystèmes du pays.

Cette approche marque un tournant. Longtemps considérée comme un domaine éloigné des priorités économiques immédiates, la recherche scientifique s’impose désormais comme un acteur clé du développement national. Elle ne se limite plus à la production de connaissances, mais contribue directement aux objectifs de transformation économique fixés par les plus hautes instances du pays.

Vers une filière avicole 100% gabonaise

La logique gouvernementale est sans équivoque : produire localement les intrants nécessaires à l’élevage pour diminuer les coûts de production et renforcer la compétitivité des acteurs nationaux. Cette vision s’inscrit dans une dynamique plus large observée sur le continent africain, où la réduction des importations alimentaires constitue un enjeu majeur pour la stabilité économique.

Le Gabon dispose d’atouts naturels indéniables : des terres arables riches, des ressources hydriques abondantes et un climat favorable à de nombreuses cultures. Ces conditions, combinées à l’engagement des chercheurs, laissent entrevoir un potentiel prometteur. Charles Edgar Mombo a salué les avancées réalisées, soulignant la capacité du système national d’enseignement supérieur à accompagner les orientations stratégiques définies par les plus hautes autorités du pays.

Cette initiative dépasse le simple cadre agricole. Elle incarne une nouvelle philosophie où la science devient un outil au service de la souveraineté économique. Le Gabon entend ainsi démontrer qu’en Afrique, l’indépendance alimentaire se construit autant grâce à l’innovation qu’à l’effort des producteurs locaux.

Les défis d’une souveraineté alimentaire en construction

Malgré les progrès encourageants, des obstacles persistent. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’étendre les surfaces expérimentales pour améliorer la qualité des essais et augmenter les volumes de production. Le passage de la recherche à l’industrialisation constitue une étape cruciale, souvent semée d’embûches.

Les investissements nécessaires restent colossaux : modernisation des infrastructures, mécanismes de financement adaptés, organisation optimisée des chaînes de valeur. Pour la première fois, le Gabon semble mettre en place une approche cohérente reliant recherche, agriculture et industrie, avec un objectif commun : la souveraineté alimentaire.

La visite ministérielle à Kougouleu symbolise ce changement de paradigme. Elle confirme que la voie vers l’autonomie passe désormais par les laboratoires et l’innovation technologique. D’ici 2027, si les objectifs sont atteints, le Gabon pourrait devenir un exemple en Afrique de la façon dont la science peut transformer les enjeux alimentaires en opportunités de développement durable.