Gabon : Maître Axel Foumane appelle à un recensement national des biens publics par les huissiers de justice

Alors que des révélations sur des immeubles de l’État dont les loyers seraient détournés par des particuliers suscitent des interrogations, Gabon Media Time a interrogé Maître Axel Foumane Dounga, huissier de justice à Libreville. Pour cet officier ministériel, le moment est venu de réaliser un inventaire national du patrimoine public. Il détaille pourquoi les huissiers de justice sont les mieux placés pour sécuriser les biens de l’État.

Gabon Media Time (GMT) : Depuis plusieurs semaines, la question du patrimoine de l’État revient dans l’actualité avec des révélations sur certains immeubles publics. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Maître Axel Foumane Dounga : Ces informations, qu’elles soient totalement vérifiées ou non, ont au moins le mérite de mettre en lumière un problème crucial : celui de la connaissance précise du patrimoine de l’État. On ne peut administrer, protéger ou valoriser efficacement un patrimoine dont on ne possède pas un inventaire fiable, actualisé et juridiquement solide.

Au-delà du choc provoqué par ces révélations, cette situation devrait être vue comme une chance de lancer une réforme structurelle de la gestion des biens publics.

Vous proposez qu’un inventaire national soit réalisé. Pourquoi cela vous semble-t-il indispensable aujourd’hui ?

Parce qu’un État moderne doit connaître exactement l’ensemble de ses biens, mobiliers ou immobiliers. Cet inventaire permettrait d’identifier chaque bien, de vérifier son statut juridique, de contrôler son affectation, son occupation et, le cas échéant, les revenus qu’il génère.
Il s’agit avant tout d’un outil de bonne gouvernance. Sans état des lieux complet, il est difficile de détecter les occupations irrégulières, les détournements ou les pertes de recettes liés à une mauvaise gestion du patrimoine public.

Pourquoi estimez-vous que les huissiers de justice devraient être associés à cette opération ?

Parce que les huissiers sont des officiers publics ministériels investis d’une mission d’authentification. Notre profession est précisément chargée de constater des faits avec impartialité et de leur donner une force probante.

Dans le cadre d’un inventaire national, le recours aux huissiers offrirait plusieurs garanties : impartialité des opérations, description détaillée des biens, localisation précise, identification des occupants éventuels et établissement de procès-verbaux ayant une véritable valeur juridique.
Autrement dit, il ne s’agirait pas d’un simple recensement administratif, mais d’un inventaire opposable, sécurisé et utilisable devant toutes les juridictions.

Concrètement, quels seraient les principaux objectifs d’une telle opération ?

Ils sont nombreux.

Il s’agirait d’abord d’identifier avec précision tous les biens appartenant à l’État, puis de vérifier leur situation juridique et leur mode d’exploitation. Cela permettrait aussi de détecter d’éventuelles occupations sans titre ou des appropriations indues.

L’objectif est aussi de renforcer la transparence dans la gestion du patrimoine public, d’améliorer la gouvernance et, surtout, de préserver les ressources de l’État au bénéfice de tous les Gabonais.

Pensez-vous que cette initiative pourrait contribuer à la lutte contre la corruption ?

Très clairement. La maîtrise du patrimoine public est un levier majeur pour prévenir les détournements et les conflits d’intérêts. Quand un patrimoine est parfaitement identifié, localisé et documenté, les possibilités d’appropriation irrégulière deviennent beaucoup plus limitées.

C’est aussi un formidable outil d’aide à la décision pour les pouvoirs publics, qui pourront mieux valoriser les biens de l’État, optimiser leur exploitation ou décider de leur affectation en pleine connaissance de cause.

Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités ?

J’en appelle respectueusement au Président de la République pour que cette opération d’inventaire devienne une priorité nationale. Nous sommes à une époque où les exigences de transparence, de bonne gouvernance et de responsabilité sont très fortes. Il me paraît essentiel que le Gabon se dote d’une cartographie exhaustive de son patrimoine public.

On ne protège efficacement que ce que l’on connaît parfaitement. Cet inventaire serait un héritage précieux pour les générations futures et un signal fort en faveur d’une gestion moderne et responsable des biens de la Nation.