Gabon : Transformer la rente en développement

Longtemps, l’Afrique a extrait ses minerais pour enrichir le reste du monde tout en laissant les communautés riveraines des mines vivre avec des infrastructures insuffisantes, des services publics fragiles et un sentiment persistant d’exclusion économique. Le Gabon tente aujourd’hui d’inverser cette logique historique en transformant une partie de sa rente minière en investissement local direct.

À travers un mécanisme inscrit dans la convention qui lie l’État gabonais à la Compagnie minière de l’Ogooué, principal producteur mondial de manganèse à haute teneur et filiale du groupe français Eramet, vingt pour cent de la redevance minière est automatiquement orientée vers les collectivités locales. Cette architecture rapproche le Gabon des modèles développés dans certains pays producteurs comme le Botswana ou le Canada, où l’acceptabilité sociale de l’activité minière repose sur un partage plus équitable des bénéfices.

Le mécanisme repose sur une gouvernance associant l’État, les collectivités locales et l’opérateur minier. Le Comité de Gestion Partenariale définit les grandes orientations tandis que le Comité de Gestion Opérationnelle assure le suivi technique et l’exécution des projets. Cette organisation vise à éviter que les investissements soient décidés depuis les capitales administratives sans prise en compte des réalités locales.

Les interventions concernent les infrastructures publiques, les équipements collectifs, les structures sanitaires, les établissements scolaires, l’accès à l’eau, les activités économiques locales et la création d’emplois. Les résultats commencent déjà à apparaître.

Selon les chiffres communiqués par Comilog, vingt-six projets communautaires avaient été réalisés à l’horizon 2025 grâce aux différents dispositifs de financement, représentant près de 8,5 milliards de francs CFA d’investissements au bénéfice d’environ 240 000 personnes vivant dans les bassins miniers.

Dans un pays de moins de trois millions d’habitants, ces chiffres donnent une idée de l’impact potentiel du dispositif.

Le Gabon pourrait devenir l’un des laboratoires africains d’un nouveau contrat entre l’industrie minière, l’État et les populations. Car au XXIe siècle, la véritable richesse d’une mine ne se mesure plus uniquement en tonnes exportées ou en dividendes distribués. Elle se mesure aussi dans les écoles construites, les entreprises créées, les emplois durables générés et les opportunités offertes aux générations futures.