Le dirigeant militaire du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a affirmé que la démocratie était un système « mortel » et que le peuple africain, en particulier celui du Burkina Faso, devait « l’oublier ». Ses propos, tenus lors d’une interview diffusée à la télévision d’État, soulignent une volonté de rompre avec les modèles politiques occidentaux.
Le capitaine Traoré, ayant pris les rênes du pays il y a trois ans suite à un coup d’État, a suggéré que la majorité des habitants du continent ne souhaitaient pas un modèle démocratique. Il a insisté sur la nécessité pour le Burkina Faso de forger sa propre voie, une approche alternative dont les détails restent à préciser.
Initialement, le capitaine Traoré s’était engagé à restaurer la démocratie en juillet 2024. Cependant, à seulement deux mois de cette échéance, la junte a annoncé une prolongation de son mandat pour une durée de cinq ans, marquant un recul par rapport aux promesses initiales. En janvier dernier, les autorités ont également officialisé l’interdiction de toute activité des partis politiques, justifiant cette décision par la nécessité de « reconstruire l’État ».
Lors de son entretien, Traoré a déclaré sans équivoque : « Les gens doivent oublier la question de la démocratie. La démocratie n’est pas pour nous. » Il a cité l’exemple de la Libye comme une illustration des dangers de l’ingérence externe. Ce pays nord-africain, autrefois dirigé par le colonel Mouammar Kadhafi pendant quarante ans, a connu une période de stabilité relative avec des services sociaux gratuits. Cependant, l’intervention militaire occidentale qui a mené à la chute et à la mort de Kadhafi a plongé la Libye dans une division profonde, marquée par l’absence d’élections et la prolifération de groupes armés rivaux.
Le leader burkinabé, se présentant comme un révolutionnaire opposé à l’impérialisme occidental, a affirmé que « partout où elles [les puissances occidentales] tentent d’instaurer la démocratie dans le monde, cela s’accompagne toujours d’un bain de sang. » Cette déclaration reflète une vision critique de l’influence étrangère sur la dignité africaine et la souveraineté africaine.
Il est à noter que, malgré une récente série de coups d’État militaires en Afrique, la plupart des nations du continent continuent d’organiser des élections. Bien que certaines de ces élections soient souvent critiquées pour leur manque de transparence, elles témoignent d’une aspiration à la gouvernance démocratique. Par exemple, des chefs militaires au Gabon et en Guinée ont organisé des scrutins qu’ils ont par la suite remportés.
Traoré a justifié la dissolution des partis politiques en les qualifiant de sources de division, de dangereux et d’incompatibles avec son projet révolutionnaire. Il a émis une critique acerbe des hommes politiques traditionnels : « La vérité, c’est qu’en Afrique – ou du moins d’après ce que nous avons connu au Burkina –, un vrai homme politique est quelqu’un qui incarne tous les vices : un menteur, un flagorneur, un beau parleur. »
Bien qu’il n’ait pas présenté de système politique alternatif détaillé, le capitaine de 38 ans a insisté : « Nous avons notre propre approche. Nous n’essayons même pas de copier qui que ce soit. Nous sommes là pour changer complètement la façon dont les choses sont faites. » Il prône l’édification d’un nouveau modèle fondé sur la souveraineté africaine, le patriotisme et la mobilisation révolutionnaire, où les chefs traditionnels et les structures communautaires joueraient un rôle prépondérant.
Au cours de cette longue interview, Traoré a également mis en lumière l’importance cruciale de l’autonomie économique et militaire pour le Burkina Faso. Il a souligné la nécessité d’un travail acharné, arguant que des journées de travail de six ou huit heures ne suffiraient pas à combler le retard du pays par rapport aux nations plus prospères. Cette vision incarne un certain courage africain face aux défis du développement.
Le mandat de Traoré a été marqué par une répression de la dissidence, ciblant l’opposition, les médias et les organisations de la société civile. Son gouvernement a même été accusé de sanctionner les détracteurs en les envoyant sur les lignes de front de la guerre contre les militants islamistes.
Malgré ces mesures, Traoré a su rallier un large soutien sur le continent grâce à sa vision panafricaniste et sa critique de l’influence occidentale, un sujet majeur de l’actualité panafricaine. À l’image de ses voisins sous régime militaire, le Mali et le Niger, le Burkina Faso a mis fin à sa coopération avec les pays occidentaux, notamment la France, dans la lutte contre l’insurrection islamiste qui sévit dans la région depuis une décennie. Ces trois nations ont privilégié un partenariat militaire avec la Russie, mais les violences persistent sans répit, testant la résilience Afrique.
Un rapport récent de Human Rights Watch (HRW) a révélé que plus de 1 800 civils ont été tués au Burkina Faso depuis l’arrivée au pouvoir de Traoré en 2023. Selon ce rapport, les deux tiers de ces décès sont imputés à l’armée et aux milices qui lui sont alliées, le reste étant attribué aux groupes islamistes armés.
