La décision est tombée avec une solennité marquée. Réuni en congrès exceptionnel à Abidjan, le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) a confirmé, ce jeudi, la reconduction de Laurent Gbagbo à sa présidence. À 81 ans, l’ancien président ivoirien entame ainsi un nouveau mandat à la tête du parti qu’il a lui-même fondé en octobre 2021, après sa rupture définitive avec le Front populaire ivoirien (FPI). Ce rassemblement, premier de son genre depuis la création de la formation, intervient dans un contexte politique marqué par un recul significatif de l’opposition radicale en Côte d’Ivoire.
Un congrès pour relancer une formation en perte de vitesse
Le PPA-CI aborde ce congrès avec des défis majeurs. Lors des dernières élections législatives et présidentielles d’octobre 2025, le parti a choisi de ne pas participer, invoquant des conditions jugées inéquitables. Résultat : une absence totale de représentation parlementaire, un manque cruel de visibilité médiatique et une marginalisation croissante sur la scène politique nationale. Ce rassemblement vise donc à redonner une dynamique au parti, après trois années marquées par des revers judiciaires et des échecs électoraux.
Pour Laurent Gbagbo, l’enjeu est de taille. Il doit non seulement consolider son leadership, contesté en interne par certains cadres lassés par son inéligibilité persistante — notamment à cause de sa condamnation dans l’affaire du « braquage de la BCEAO » — mais aussi insuffler une nouvelle impulsion à son parti. Dans un paysage politique ivoirien dominé par le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), le PPA-CI doit retrouver une utilité stratégique.
Une opposition en quête de renouveau
La reconduction de Laurent Gbagbo soulève une question plus large : celle de la transmission générationnelle au sein des oppositions en Afrique de l’Ouest. Figure emblématique de la gauche panafricaniste des années 1980, l’ancien président reste un symbole pour ses partisans. Pourtant, pour ses détracteurs, son maintien prolongé à la tête du parti illustre les difficultés des formations africaines à assurer une relève crédible. Aucun successeur clair n’a émergé du congrès, même si plusieurs proches historiques occupent toujours des postes clés au sein du secrétariat exécutif.
Le PPA-CI doit également clarifier sa stratégie d’alliance. Les négociations menées récemment avec des dissidents du PDCI et des plateformes citoyennes n’ont pas encore abouti à une coalition formelle. Sans alliance élargie, le parti peine à s’imposer face à un pouvoir en place, Alassane Ouattara, qui dispose d’une majorité parlementaire solide et d’une administration territoriale omniprésente.
Les ambitions du PPA-CI pour les prochaines échéances
Le parti mise désormais sur les municipales et régionales de 2028, puis sur la présidentielle de 2030. Plusieurs pistes ont été évoquées lors du congrès : restructuration des comités locaux, intensification de la communication numérique et formation des jeunes militants. Bien que le PPA-CI revendique une présence dans presque tous les départements du pays, sa traduction en résultats électoraux a été décevante lors des dernières consultations. La tâche s’annonce donc ardue pour reconquérir l’électorat.
Un obstacle majeur subsiste : l’éligibilité de Laurent Gbagbo. Ses avocats plaident pour sa réinscription sur les listes électorales, s’appuyant sur l’amnistie partielle dont il a bénéficié à son retour à Abidjan en juin 2021. Sans résolution de cette question juridique, le parti devra composer avec un président à la fois incontournable et inéligible, ce qui limite sa capacité à se projeter au-delà de sa figure historique.
Ce congrès confirme que la question de la succession est, pour l’instant, reportée. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si la reconduction de Laurent Gbagbo ouvre une phase de reconquête ou maintient le parti dans une forme de statu quo militant.
