Le Burkina Faso coupe ses liens diplomatiques avec la France

La junte militaire au pouvoir au Burkina Faso a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec la France, accusant Paris de mener des actions contraires aux intérêts nationaux burkinabè.
Les tensions entre Ouagadougou et son ancien partenaire colonial se sont intensifiées depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré lors d’un coup d’État en 2022. Depuis, le gouvernement a adopté une ligne politique caractérisée par un rapprochement avec de nouveaux alliés et une critique ouverte de l’influence occidentale.
Dans une déclaration télévisée vendredi, le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a accusé la France de faire preuve d’un « activisme incessant » contre le pays et lui a reproché des « ambitions néocoloniales ». En réponse, le ministère français des Affaires étrangères a qualifié cette décision d’« hostile et infondée », estimant qu’elle reflète « la dérive inquiétante » des autorités burkinabè. Paris a également appelé ses ressortissants au Burkina Faso à une « vigilance accrue ».
Le Burkina Faso, comme le Mali voisin, fait face depuis plus d’une décennie à une insurrection de groupes jihadistes. Les forces françaises avaient participé aux opérations antiterroristes dans la région avant de se retirer du pays. Après son arrivée au pouvoir, le capitaine Traoré a exigé le départ des soldats français stationnés au Burkina Faso, accusant Paris de poursuivre un « agenda caché ». Ouagadougou s’est depuis tourné vers la Russie et la Chine.
Dans son communiqué annonçant la rupture diplomatique, le gouvernement burkinabè affirme que les conditions d’un « respect mutuel » entre les deux pays ne sont plus réunies. Il accuse notamment la France de soutenir « des réseaux subversifs » et de chercher à marginaliser le Burkina Faso sur la scène internationale. Les autorités précisent toutefois que cette décision concerne uniquement « le cadre institutionnel des relations » et ne remet pas en cause « les liens historiques, humains, culturels et sociaux » entre les peuples burkinabè et français.
La junte avait promis un retour à l’ordre constitutionnel en 2024, mais cette échéance n’a pas été respectée. En janvier 2025, les autorités ont également annoncé la dissolution des partis politiques. La même année, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, trois pays dirigés par des régimes militaires, ont officiellement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour créer l’Alliance des États du Sahel.
La France n’a plus d’ambassadeur au Burkina Faso depuis janvier 2023. En 2024, Ouagadougou avait expulsé trois diplomates français, les accusant d’« activités subversives », des accusations rejetées par Paris.
