Standard & Poor’s a-t-il sauvé le Cameroun d’un effondrement économique ou simplement reporté une crise plus profonde ? La note « B-/B » maintenue avec perspective stable, annoncée récemment, illustre une réalité contrastée : une économie sous haute tension, où chaque décision politique future pourrait basculer le pays vers une catégorie encore plus risquée. Entre dépendance aux hydrocarbures, endettement record et succession présidentielle imminente, Yaoundé navigue en eaux troubles, sous le regard scrutateur des investisseurs internationaux.
Une note stable, mais un équilibre économique toujours précaire
Reconduire la note « B-/B » ne signifie pas que le Cameroun a atteint un palier de sécurité. Bien au contraire : cette décision de Standard & Poor’s valide les efforts budgétaires consentis pour réduire le déficit public, mais elle rappelle aussi que l’économie camerounaise reste suspendue à un fil. À cinq crans de la catégorie « investment grade », la note reflète une vulnérabilité persistante aux chocs extérieurs, notamment la volatilité des prix du pétrole, principale source de revenus du pays. Les réformes imposées par les accords avec les institutions financières internationales ont permis de stabiliser les comptes, mais les faiblesses structurelles, comme la faible mobilisation des recettes fiscales (seulement 12-13 % du PIB), continuent de freiner toute ambition de croissance durable.
La transition politique, un pari risqué pour les marchés
C’est la succession du président Biya, au pouvoir depuis plus de quarante ans, qui cristallise toutes les inquiétudes. Standard & Poor’s a explicitement lié la stabilité de sa perspective à la capacité des autorités à gérer une transition politique ordonnée. Un scrutin présidentiel mal perçu, des contestations post-électorales ou une vacance du pouvoir non préparée pourraient déclencher un retrait massif des capitaux, fragilisant encore davantage le Cameroun et sa monnaie commune. Dans une région sahélienne déjà instable et face à un resserrement des conditions de financement pour les États africains, ce scénario serait dévastateur, avec des répercussions immédiates sur les voisins de la CEMAC.
Le Cameroun, locomotive économique de l’Afrique centrale, joue un rôle central dans la stabilité monétaire de la zone franc. Une dégradation de sa notation se répercuterait sur les pays voisins comme le Gabon ou la République du Congo, déjà fragilisés par des vulnérabilités similaires : endettement élevé, dépendance aux ressources naturelles et pression sur les réserves de change. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) se retrouverait alors sous une pression accrue pour défendre la monnaie commune.
Dette, hydrocarbures et réformes : des défis qui ne s’effacent pas
Derrière le soulagement de la note maintenue, les défis restent colossaux. L’État camerounais consacre chaque année des centaines de milliards de francs CFA au service de sa dette extérieure, limitant drastiquement ses marges de manœuvre pour l’investissement public. Parallèlement, la production pétrolière, en déclin structurel, réduit les recettes d’exportation au moment où les importations (énergie, alimentation) explosent. Les réformes engagées, comme la rationalisation des subventions aux carburants ou la réduction de la masse salariale, ont permis de stabiliser le déficit, mais leur succès dépend désormais de la bonne exécution des recommandations du FMI, notamment dans la gestion des entreprises publiques. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Camair-Co, en première ligne, doivent prouver leur capacité à se restructurer pour regagner la confiance des bailleurs.
Que retenir de ce verdict pour les investisseurs ?
Pour les marchés, le message est clair : le Cameroun conserve une porte ouverte pour emprunter sur les marchés internationaux, à condition de ne pas commettre d’impair politique. La stabilité de la note offre une fenêtre d’opportunité pour les émissions obligataires ou les partenariats privés, mais elle s’accompagne d’un signal d’alerte redoutable. Les acteurs économiques, qu’ils soient occidentaux, asiatiques ou du Golfe, surveillent de près l’évolution de la situation, conscients que le pays pourrait devenir un symbole de la résilience africaine… ou un exemple à éviter. La balle est désormais dans le camp des autorités camerounaises : réussir la transition sans sacrifier la stabilité macroéconomique, un exercice d’équilibriste où le moindre faux pas aura des conséquences immédiates.
