Le Gabon impose un représentant légal aux géants des réseaux sociaux

Le Gabon passe à l’offensive contre les géants du web. Le Sénat, réuni à Libreville, a examiné un projet de loi gouvernemental visant à encadrer strictement l’activité des réseaux sociaux. Ce texte comble un vide juridique et impose aux plateformes étrangères de désigner un représentant légal résidant au Gabon.

Jusque-là, TikTok, Facebook et X fonctionnaient sans interlocuteur officiel sur place, ce qui paralysait les échanges judiciaires et la modération des contenus. Avec cette obligation, Libreville cherche à rééquilibrer le rapport de force asymétrique en s’inspirant des régulations du Brésil et de l’Union européenne.

Cette initiative survient dans un climat tendu. Depuis février 2025, les autorités ont coupé ou restreint l’accès aux réseaux à plusieurs reprises pour des motifs d’ordre public. Mais les internautes gabonais ont contourné ces blocages en utilisant massivement des VPN, rendant les mesures partiellement inefficaces.

Entre sécurité publique et liberté d’expression

Les partisans de la loi mettent en avant une souveraineté numérique calquée sur les modèles nigérian et kényan. Au Sénat, les arguments portent sur la protection des mineurs, la lutte contre les discours de haine et la désinformation. Cependant, la société civile redoute que cet arsenal législatif ne devienne un outil de censure et ne bride la liberté d’expression, un équilibre fragile dans les transitions démocratiques africaines. Les observateurs attendent de voir les sanctions prévues en cas de non-conformité.

L’attractivité économique en jeu

La réussite de ce bras de fer dépendra de la réaction de Meta et de ByteDance. Pour ces empires, le marché gabonais et ses 2,5 millions d’habitants pèsent peu économiquement. Une régulation trop rigide pourrait refroidir les investisseurs technologiques, notamment dans les centres de données en Afrique centrale. À l’inverse, un cadre équilibré renforcerait la légitimité de Libreville sur la scène internationale. Les débats parlementaires montrent que le pouvoir souhaite avancer à marche forcée.