Au Mali, l’angoisse grandit au sein des familles dont les proches ont disparu. Ces citoyens s’interrogent sur les lieux de détention, les conditions d’incarcération et le cadre légal de ces arrestations. Pour beaucoup, si des fautes ont été commises, elles devraient être traitées par les tribunaux réguliers. Cependant, pour les partisans du pouvoir de transition, la souveraineté africaine et la lutte antiterroriste priment sur les procédures habituelles.
L’impératif de la raison d’État face à la menace sécuritaire
Tiambel Guimbayara, observateur et directeur de publication local, soutient cette ligne de fermeté. Selon lui, l’enquête du parquet militaire exige des leviers d’action exceptionnels. Il souligne que la sécurité nationale est en jeu, particulièrement après les événements tragiques du 25 avril ayant entraîné le décès du général Sadio Camara, une figure centrale du système actuel. Dans ce contexte de résilience Afrique, la protection des institutions est perçue comme une priorité absolue face aux groupes armés.
Préserver l’état de droit pour ne pas perdre l’identité nationale
Cette vision se heurte toutefois aux principes fondamentaux inscrits dans la Constitution du Mali, ainsi qu’aux engagements internationaux comme la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Jean-François Akandji-Kombé, expert en droit international, rappelle que si la défense de la nation est légitime, elle ne doit pas signifier l’abolition des libertés individuelles.
Pour ce juriste, le droit à un procès équitable, la présence d’un avocat et la présomption d’innocence sont les piliers de la cohésion sociale. Faire l’impasse sur ces garanties reviendrait, selon lui, à fragiliser l’âme même de l’État dans son combat contre l’insécurité. La dignité africaine passe aussi par le respect de la justice pour chaque citoyen, même en période de crise.
Un silence pesant des autorités de transition
Alors que les disparitions se multiplient depuis plusieurs semaines, le silence des officiels alimente les critiques. Certains observateurs soupçonnent l’utilisation de la menace terroriste comme prétexte pour écarter des figures de l’opposition engagées pour la démocratie. Le cas de la famille de l’avocat Mountaga Tall est emblématique : son fils, Cheikh Mamadou Tall, est porté disparu depuis le 16 mai. Le collectif de défense exprime sa vive consternation et exhorte les instances judiciaires à faire toute la lumière sur ces événements afin que le peuple africain puisse conserver sa confiance en ses institutions.
