Mali : le déni de Bamako et l’amer constat des routes du Nord

Des carcasses de véhicules calcinées, des denrées en putréfaction et des corps inertes jonchant les bas-côtés : telle est la vision macabre des axes d’approvisionnement essentiels dans le septentrion malien. Une atmosphère lourde de mort pèse sur ces territoires, témoignant de la violence qui étreint le pays. Pourtant, face à cette situation humanitaire et sécuritaire critique, les autorités de transition semblent s’isoler dans une réalité parallèle. « Il n’y a aucun blocus sur les routes. Tout le monde circule librement au Mali », affirme le Premier Ministre Abdoulaye Maïga, une tentative manifeste de dissimuler l’effondrement de l’État par la seule force des mots.

Cette posture de déni illustre un fossé grandissant entre le gouvernement militaire et les préoccupations quotidiennes des citoyens. Alors que Bamako multiplie les déclarations de succès, les corridors vitaux reliant le Sud et le Nord se sont transformés en véritables charniers. Le régime semble avoir délaissé la protection effective du territoire au profit d’une communication agressive, où toute évocation de la souffrance des Maliens est interprétée comme un acte de rébellion. En privilégiant l’image d’une souveraineté retrouvée sur la survie même de ses habitants, la junte s’enferme dans une bulle isolée, dont le coût se chiffre en vies humaines.

Sur le plan stratégique, l’échec est tout aussi manifeste. La rupture abrupte avec les partenaires historiques au profit de nouvelles alliances n’a, jusqu’à présent, pas généré le choc sécuritaire escompté. Au contraire, le départ des forces internationales a créé un vide que les groupes armés terroristes se sont empressés de combler, imposant des sièges implacables aux localités du Nord et du Centre. Le pouvoir en place, incapable de sécuriser les convois d’approvisionnement, paraît avoir perdu l’initiative sur le terrain. Il se contente de frappes sporadiques, là où une présence territoriale durable serait indispensable pour briser l’asphyxie économique qui étrangle ces régions.

Enfin, l’immobilisme politique et la restriction sévère des libertés individuelles achèvent de fragiliser l’édifice national. En muselant les journalistes, les opposants et la société civile qui osent dénoncer la crise, le gouvernement se prive des leviers essentiels à une véritable résilience collective. L’absence de perspectives électorales et le durcissement du régime suggèrent que la priorité n’est plus la résolution de la crise sécuritaire, mais la pérennisation d’un pouvoir qui, faute de résultats concrets sur le front, se nourrit d’un nationalisme de façade. Pendant que les discours enflammés résonnent dans les cercles de Bamako, le Mali profond, lui, continue de se déliter le long de ses routes.