Le bras de fer entre le pouvoir judiciaire nigérien et les figures critiques du barreau vient de franchir un seuil inquiétant. Me Abdourahamane Lirwana, avocat engagé, a comparu mardi 6 octobre devant le Tribunal de grande instance hors classe de Niamey. À l’issue des débats, le ministère public a requis contre lui une peine de cinq ans de réclusion ferme, assortie d’une amende de cinq millions de francs CFA. Une telle sentence, si elle était confirmée, poserait une question brûlante : jusqu’où la justice peut-elle poursuivre un avocat pour ses publications personnelles sur les réseaux sociaux ?
Des publications en ligne qui déclenchent les poursuites
Au cœur du dossier : des contenus diffusés par l’avocat sur les réseaux sociaux. La justice lui reproche précisément la « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public », une infraction prévue et lourdement sanctionnée par la législation nigérienne sur la cybercriminalité. Ce motif, déjà invoqué dans d’autres affaires impliquant des voix dissidentes, soulève de vives inquiétudes quant à son usage pour restreindre la liberté d’expression.
Un procès sous haute tension procédurale
L’audience s’est déroulée dans un climat délétère. Vingt-quatre heures avant l’ouverture, le collectif d’avocats assurant la défense de Me Lirwana avait saisi la Cour d’État pour demander le dépaysement du dossier. Leur argument : le tribunal de Niamey ne présentait pas les garanties d’indépendance nécessaires à un procès équitable. La haute juridiction a rejeté cette requête, maintenant l’affaire dans la capitale.
La défense opte pour la stratégie du silence
Estimant que les droits de la défense étaient bafoués, les conseils de l’avocat ont décidé de ne pas plaider. Suivant leurs consignes, Me Lirwana est resté totalement silencieux face aux questions du président et du procureur. Un refus de coopérer qui n’a pas empêché la poursuite de l’audience. Passant outre l’absence de plaidoiries, le tribunal a clos les débats et mis l’affaire en délibéré.
Quelles conséquences pour la profession d’avocat et la société civile ?
La décision finale, très attendue, fixera le sort de Me Lirwana. Mais au-delà de son cas personnel, c’est tout un équilibre qui est en jeu. Dans un contexte d’encadrement strict de la parole publique sur les plateformes numériques, ce procès pourrait faire jurisprudence. Les avocats nigériens et les organisations de défense des droits humains observent avec une inquiétude croissante ce qui apparaît comme un tournant. La question n’est plus seulement de savoir si un avocat sera condamné, mais si la profession pourra encore exercer sa mission de contre-pouvoir sans craindre des représailles judiciaires pour ses opinions en ligne.