Paul Biya absent depuis deux mois : le Cameroun face à ses interrogations

Paul Biya absent depuis deux mois : le Cameroun face à ses interrogations

RFI
Paul Biya absent depuis deux mois : le Cameroun face à ses interrogations

Deux mois sans apercevoir le président camerounais : un scénario inédit, surtout après son huitième mandat consécutif. Pourtant, les autorités assurent qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir.

Benoit Ndong Soumeth, ministre chargé de mission à la Présidence, tente de calmer les esprits. Il affirme que l’absence du chef de l’État n’a rien d’anormal ni d’illégal. « Une population peut légitimement s’interroger sur le sort de son dirigeant. Le ministre directeur du Cabinet civil a confirmé que tout va bien. Sa parole doit suffire pour rassurer. Aucune situation d’exception ou d’urgence n’est à signaler », déclare-t-il sans détour.

Pourtant, Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint numéro un et secrétaire national à la communication par intérim du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), opposant au pouvoir, dénonce un manque de transparence inquiétant. Il souligne l’obligation morale des autorités de tenir la population informée : « Pourquoi avoir organisé des élections dans ces conditions pour ensuite disparaître pendant des semaines ? Si le président traverse un problème de santé, les Camerounais méritent de le savoir. Entretenir le flou autour de son état est une forme de mépris envers le peuple. »

Le droit à l’information : une exigence citoyenne

L’opposition refuse de laisser passer cette zone d’ombre. Pour elle, le silence prolongé autour du séjour européen de Paul Biya relève d’une stratégie délibérée pour masquer une réalité inconfortable. « Le Cameroun n’est pas une monarchie où les décisions se prennent dans l’ombre. Les citoyens ont le droit de connaître l’état de santé de leur président, surtout après une élection aussi contestée », martèle Roger Justin Noah.

Cabral Libii, troisième à la dernière présidentielle, adopte une position plus radicale. Pour lui, l’absence du président ne change rien à la crise politique actuelle. Il estime que le pays vit un vide juridique et appelle à une mobilisation citoyenne massive. « Que Paul Biya soit au Cameroun ou en Europe, la légalité ne change pas. Avec les prochaines élections locales et législatives qui approchent, c’est l’occasion de sanctionner ce régime par les urnes », lance-t-il avec fermeté.

Certains observateurs politiques entrevoient même une opportunité à saisir : une nouvelle majorité pourrait émerger pour réformer les lois encadrant les séjours à l’étranger des dirigeants.