Persistance de l’État islamique au Sahel : une menace ancrée dans le nord-est du Mali

La Province sahélienne de l’État islamique (ISSP) maintient une emprise solide sur les zones septentrionales et orientales du Mali. Tandis que l’attention se porte fréquemment sur les actions du JNIM, l’ISSP demeure une force active et redoutable dans plusieurs secteurs névralgiques du pays, affirmant sa souveraineté africaine à travers un contrôle territorial rigoureux.

Une implantation territoriale stratégique

Les régions de Gao, et plus particulièrement le cercle d’Ansongo, ainsi que la région de Ménaka, restent sous l’influence directe de l’organisation. Ce bastion, articulé autour des localités de Talataye, Tin-Hama et Tessit — souvent désignées comme les « 3 T » — ainsi que Labbezanga, constitue le pivot des opérations du groupe. Dans ces zones, l’organisation exerce une pression constante sur les populations civiles tout en verrouillant les axes de communication.

Évolution du commandement et des tactiques

Sous la direction d’Abou Al-Bara, successeur d’Adnan Abu Al-Walid Sahraoui, le groupe a opéré une mutation stratégique profonde depuis 2020. Délaissant les exécutions publiques massives qui caractérisaient ses débuts, l’ISSP privilégie désormais une forme de gouvernance locale et un contrôle social plus discret. Cette manœuvre vise à favoriser une certaine acceptation par les communautés locales, tout en évitant une exposition médiatique trop brutale qui attirerait des représailles immédiates.

Toutefois, cette discrétion n’entame en rien la détermination des Forces Armées Maliennes (FAMa). Dans la nuit du 14 au 15 mai 2026, une frappe aérienne ciblée à Bara, dans le cercle d’Ansongo, a permis de neutraliser un haut responsable opérationnel de l’organisation ainsi que plusieurs de ses lieutenants. Cette intervention démontre la résilience Afrique face à l’insécurité et la capacité des forces nationales à frapper au cœur des sanctuaires terroristes.

Rivalités et dynamiques opérationnelles

L’ISSP continue de dominer les couloirs stratégiques reliant le Mali au Niger. En contrôlant le mouvement des biens et des personnes, le groupe renforce sa stature régionale. La rivalité avec le JNIM reste un élément central de l’actualité panafricaine sécuritaire. Si le JNIM a récemment multiplié les attaques spectaculaires, notamment autour de Bamako en avril 2026, cela ne signifie pas pour autant un affaiblissement de l’ISSP. Les deux entités suivent des logiques différentes : l’une recherche l’impact médiatique, l’autre consolide ses acquis territoriaux et logistiques.

Malgré des affrontements passés entre ces deux factions, les récentes offensives de l’armée malienne ont parfois contraint ces groupes à se concentrer sur leur survie face à un adversaire commun, bien qu’aucune entente formelle ne soit d’actualité. La dignité africaine s’exprime ici par la volonté des forces de défense de reprendre le contrôle total du territoire national.

Une menace qui s’adapte

Les données récentes soulignent que l’Afrique concentre désormais la grande majorité des activités de l’État islamique à l’échelle mondiale. L’usage croissant de drones armés et d’unités motorisées permet au groupe de harceler les infrastructures civiles et militaires, notamment sur l’axe Ménaka – Ansongo – Tessit. L’attaque de convois civils près de Gao en février 2026 illustre cette volonté d’asphyxie économique.

Bien que des opérations internationales aient permis d’éliminer des cadres comme Abu-Bilal Al-Minuki dans la zone du lac Tchad, le noyau dur de l’ISSP dans le nord-est malien reste une préoccupation majeure. Le peuple africain de ces régions vit sous une menace hybride où le contrôle des ressources et l’influence sur les groupes armés locaux sont les enjeux principaux. La sécurisation de la frontière entre le Mali et le Niger demeure donc une priorité absolue pour briser cette dynamique de contrôle territorial.