Sénégal : Moody’s abaisse la note à Caa2, le FMI sonne l’alarme

Moody’s Ratings a annoncé un nouvel abaissement de la note souveraine du Sénégal, passant de Caa1 à Caa2, avec une perspective maintenue à « négative ». Cette décision concerne à la fois les notations à long terme en devises étrangères et locales, ainsi que les notes senior non garanties en devises étrangères. La notation à court terme reste quant à elle « Not Prime ». Cette dégradation survient dans un contexte où une mission du FMI négocie à Dakar depuis plusieurs semaines, après l’échec des discussions sur un nouveau programme financier, suspendu depuis le refus du gouvernement de restructurer la dette en novembre 2025.

Un pays classé dans la zone des risques extrêmes

Avec cette nouvelle note, le Sénégal rejoint le groupe des pays considérés comme « très spéculatifs », une catégorie qui inclut des États comme le Venezuela ou le Liban, souvent associés à des risques de défaut de paiement. Les indicateurs financiers confirment cette dégradation : entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais ont perdu près de 20 % de leur valeur, tandis que les spreads de rendement ont doublé, passant de 800 à 1 500 points de base en moyenne annuelle. L’Eurobond à échéance 2048 s’échangeait alors à seulement 51 centimes pour un euro, soit une décote de 49 %, tandis que celui à échéance 2028, dont le remboursement a commencé en mars 2026, affichait une décote supérieure à 30 %.

Des finances publiques sous haute tension

Moody’s alerte sur l’ampleur des besoins de financement du Sénégal, estimés à environ 25 % du PIB. Le remboursement annuel du principal représente à lui seul près de 18 % du PIB, tandis que les intérêts de la dette ont bondi de 16,1 % à 23,7 % des recettes de l’État entre 2023 et 2026. La dette publique totale, incluant les entreprises publiques, atteint désormais près de 108 % du PIB, un niveau qui pourrait atteindre 132 % selon les estimations du FMI pour fin 2024, après la révélation d’une partie de « dette cachée » sous l’administration précédente.

Les tensions se ressentent aussi sur les marchés régionaux. Lors des adjudications de l’UEMOA en décembre 2025, seulement 35 milliards de FCFA sur les 95 milliards proposés ont été levés, et le rendement moyen pondéré a augmenté de 158 points de base en un seul mois, témoignant d’un essoufflement même sur le marché régional, autrefois considéré comme un filet de sécurité.

Des échéances critiques en 2026

Les défis concrets pour l’État sénégalais se matérialisent par des échéances financières coûteuses. En mars 2026, Dakar a dû mobiliser près de 485 millions de dollars, dont 394 millions pour le remboursement du principal d’un Eurobond de 2,2 milliards émis en 2018, en recourant aux banques locales faute d’accès aux marchés internationaux. Le FMI avait, pour sa part, suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après le désaccord sur la restructuration. Ces échéances, combinées à d’autres obligations arrivant à maturité en 2026 – une année identifiée comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne par la Banque mondiale –, rendent le refinancement de la dette encore plus onéreux.

Une dégradation liée aux tensions institutionnelles

Moody’s a également réduit les plafonds pays du Sénégal, passant de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères. L’agence souligne que le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale ont exacerbé les tensions entre l’exécutif et le législatif, augmentant le risque de retards dans la mise en œuvre des réformes budgétaires.

Un facteur de stabilité : l’appartenance à l’UEMOA

Malgré ce tableau sombre, l’appartenance du Sénégal à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) reste un rempart. L’arrimage du franc CFA à l’euro et des réserves de change régionales d’environ 38 milliards de dollars fin mai 2026 limitent les risques de crise de change ou de balance des paiement. Cependant, la pression sur les finances publiques reste entière.

Cette dégradation marque la troisième en un peu plus d’un an : après une première baisse de B3 à Caa1 en octobre 2025, suivie d’une dégradation similaire par S&P en début d’année, le Sénégal aborde les dernières phases de négociations avec le FMI dans une situation bien plus fragile qu’il y a un an.