Tchad : comment N’Djamena a sécurisé 20,5 milliards de dollars d’investissements privés

Alors que les financements mondiaux se fragmentent et que l’aide publique au développement recule, le Tchad réalise une performance remarquable. Son Plan national de développement (PND) nécessite un investissement total de 30 milliards de dollars, dont 46 % proviendraient du secteur privé. En novembre 2025, le pays avait déjà obtenu des engagements de financement de 20,5 milliards de dollars, incluant 16,4 milliards provenant de sources privées et internationales, ainsi que 40 accords et protocoles d’accord signés pour 4,1 milliards de dollars supplémentaires. Classé 190e sur 193 à l’Indice de développement humain 2025, ce pays prouve que la mobilisation de capitaux est possible même dans un contexte difficile.

Le succès repose sur une diversification méthodique des partenaires, rare dans la zone CEMAC. Une initiative diplomatique a renforcé les liens avec les Émirats arabes unis et la Banque islamique de développement, ouvrant un canal de financement islamique quasiment absent ailleurs dans la région. Parallèlement, le Tchad a maintenu son soutien multilatéral traditionnel (FMI, Banque mondiale) tout en développant des partenariats Sud-Sud avec le Moyen-Orient. Cette combinaison de financements occidentaux, islamiques et Sud-Sud constitue une architecture inédite en Afrique centrale.

La crédibilité budgétaire a également joué un rôle clé. Malgré les dépenses liées à l’accueil de plus de 1,5 million de réfugiés soudanais, le déficit budgétaire est resté sous le seuil de 3 % fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale en 2025. La dette publique, à 32 % du PIB, est l’une des plus faibles de la zone. Cette discipline, combinée à des réformes pour élargir l’assiette fiscale et à la numérisation du recouvrement des impôts, a envoyé un signal de fiabilité aux investisseurs.

Pour les partenaires de développement, les institutions financières islamiques et les investisseurs privés cherchant à s’implanter en Afrique centrale, l’expérience tchadienne montre qu’une mobilisation massive de capitaux privés ne nécessite pas un marché financier développé ni un revenu par habitant élevé. Le Tchad entend désormais concentrer ses priorités sur l’attraction de capitaux privés sous forme de fonds propres et le renforcement de son cadre réglementaire pour pérenniser cette dynamique. Pour N’Djamena, ces 20,5 milliards de dollars ne sont que le début d’une transformation économique suivie de près par les institutions.