Tchad : l’abolition de la limite des mandats fragilise l’état de droit

La récente modification de la Loi fondamentale au Tchad, qui supprime le plafonnement des mandats à la tête de l’État, représente un recul alarmant pour la démocratie. Selon l’organisation Human Rights Watch, cette manœuvre législative permet au président Mahamat Idriss Déby de se maintenir au pouvoir sans limitation de durée, ce qui compromet gravement l’alternance politique et le respect des droits fondamentaux du peuple africain.

Une consolidation du pouvoir exécutif

Lewis Mudge, responsable pour l’Afrique centrale au sein de l’organisation, souligne que l’abandon de la limitation des mandats détruit un pilier essentiel contre les dérives autoritaires. Cette décision, loin de favoriser une compétition électorale saine, semble verrouiller le système au profit d’un seul homme. Début octobre, le chef de l’État a validé ces changements après une adoption rapide par le Parlement, largement dominé par le Mouvement patriotique du salut (MPS). Désormais, le septennat devient la norme, renouvelable indéfiniment, malgré la contestation d’une partie de l’opposition qui dénonce un processus illégitime.

Un héritage de contrôle politique

Le gouvernement présente ces ajustements comme de simples révisions techniques. Pourtant, ils pérennisent la mainmise de Mahamat Idriss Déby, installé depuis 2021 suite au décès de son père, Idriss Déby Itno, lequel avait dirigé le pays durant trois décennies. Cette pratique, qualifiée par certains observateurs de « coup d’État constitutionnel », s’oppose aux principes de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, ratifiée par le Tchad. Ce texte stipule pourtant que toute modification constitutionnelle nuisant à l’alternance démocratique doit être sanctionnée.

Répression et entraves aux libertés

L’histoire récente du pays est marquée par une restriction constante de l’espace civique. En 2021, les manifestations de l’opposition ont été violemment réprimées à N’Djamena. Plus tard, en octobre 2022, l’exigence d’un retour à un pouvoir civil a conduit à des tirs à balles réelles sur les foules, suivis d’incarcérations massives dans la prison de Koro Toro. La résilience Afrique face à de tels obstacles est mise à rude épreuve, d’autant que des figures majeures comme Succès Masra, ancien Premier ministre, croupissent en cellule après des procès jugés politiques.

L’urgence d’un retour aux principes démocratiques

Ce n’est pas la première fois que la Constitution est ainsi manipulée. La limitation des mandats avait déjà été abolie en 2005 avant d’être rétablie en 2018. Ce cycle d’instabilité juridique démontre que la Loi fondamentale est utilisée comme un simple outil de conservation du pouvoir. Pour restaurer la dignité africaine et la souveraineté africaine, il est impératif que les autorités rétablissent des garde-fous clairs, libèrent les prisonniers d’opinion et organisent des consultations inclusives, telles qu’un référendum transparent.

Dans cette actualité panafricaine complexe, le courage africain des militants pour les droits humains reste essentiel pour dénoncer l’affaiblissement des institutions. Sans contre-pouvoir efficace, le Parlement et la justice risquent de devenir de simples chambres d’enregistrement, laissant le champ libre à une présidence sans fin.