Le Bénin a récemment été le théâtre d’une tentative de prise de pouvoir militaire, marquant son entrée dans la liste grandissante des nations africaines confrontées à l’instabilité depuis 2020. Cette opération éclair, qui a duré plusieurs heures un dimanche, a été rapidement déjouée par les autorités. Des soldats étaient apparus à la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Patrice Talon et la dissolution du gouvernement, une scène malheureusement devenue récurrente en Afrique de l’Ouest. Le ministre béninois de l’Intérieur, Alassane Seidou, a confirmé l’échec de cette « mutinerie », soulignant l’engagement de l’armée envers la République.
Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de bouleversements politiques sur le continent. Voici une chronologie des principaux coups d’État en Afrique, souvent motivés par des élections contestées, des réformes constitutionnelles, des crises sécuritaires ou un profond mécontentement populaire :
Mali : août 2020 et mai 2021
Le Mali a connu une double transition militaire depuis août 2020. Un soulèvement de soldats près de Bamako, faisant suite à des semaines de protestations civiles contre la gouvernance du président Ibrahim Keïta (accusé de corruption et d’inefficacité face aux groupes armés), a conduit à l’arrestation de hauts responsables. Le colonel Assimi Goïta a d’abord partagé le pouvoir avec un président civil, Bah Ndaw, en tant que vice-président de la transition. Cependant, en 2021, Goïta a renversé Ndaw suite à des divergences, s’installant comme président et reportant les élections initialement prévues pour 2022 à 2027.
Le Mali, aux côtés du Burkina Faso et du Niger, a formé un bloc de nations enclavées d’Afrique de l’Ouest dirigées par des juntes militaires, affirmant leur opposition à un retour démocratique rapide et quittant la CEDEAO.
Tchad : avril 2021
En 2021, suite au décès de son père, le général Mahamat Idriss Déby a pris les rênes du pouvoir, perpétuant ainsi trois décennies de leadership familial dans ce pays d’Afrique centrale. Trois ans plus tard, l’élection qu’il avait promise a eu lieu, le déclarant vainqueur malgré les accusations de truquage de l’opposition. La répression des voix critiques s’est intensifiée, avec notamment la condamnation de l’ancien Premier ministre et figure de l’opposition, Succès Masra, à 20 ans de prison plus tôt cette année.
Guinée : septembre 2021
Après onze années à la tête de la Guinée, le président Alpha Condé a été renversé par des militaires dirigés par Mamady Doumbouya. Ce coup d’État est survenu après que Condé ait modifié la Constitution en 2020 pour briguer un troisième mandat. Doumbouya est désormais candidat aux élections de décembre, cherchant à se défaire de son uniforme militaire suite à un référendum ayant autorisé les membres de la junte à se présenter et prolongé le mandat présidentiel de cinq à sept ans.
Soudan : octobre 2021
L’armée soudanaise, sous la direction du général Abdel-Fattah Burhan, a orchestré un coup d’État en octobre 2021, destituant Omar el-Béchir, qui avait dirigé le pays pendant 26 ans. Burhan a par la suite partagé le pouvoir avec Muhammad Dangalo, dit Hemetti, chef des Forces de soutien rapide (FSR). Cependant, une rivalité latente entre les deux hommes a éclaté en avril 2023, plongeant le pays dans un conflit dévastateur, toujours en cours selon les Nations unies.
Burkina Faso : janvier et septembre 2022
À l’instar de son voisin malien, le Burkina Faso a subi deux coups d’État successifs. En janvier 2022, le président Roch Kaboré a été renversé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba. Quelques mois plus tard, en septembre, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête d’une unité d’artillerie, a destitué Damiba, invoquant les mêmes raisons de détérioration de la sécurité. Traoré dirige le pays depuis, ayant notamment dissous la commission électorale indépendante en juillet.
Niger : juillet 2023
Le général Abdourahamane Tchiani a mis fin à une rare transition démocratique au Niger en renversant le président Mohamed Bazoum. Ce coup d’État retentissant a déclenché une crise majeure au sein de la CEDEAO, qui a envisagé une intervention militaire pour rétablir Bazoum et la démocratie. Cette situation a polarisé la région, conduisant le Niger à s’allier au Burkina Faso et au Mali pour former l’Alliance des États du Sahel.
Gabon : août 2023
Peu après l’annonce de la victoire du président Ali Bongo à un troisième mandat en 2023, après 14 ans au pouvoir, des militaires sont apparus à la télévision pour annoncer la prise de contrôle du pays. Ils ont invalidé les élections et dissous toutes les institutions étatiques. Brice Oligui Nguema, un cousin de Bongo, a depuis lors pris les rênes du Gabon.
Madagascar : octobre 2025
En octobre 2025, la colère de la jeunesse malgache, excédée par les pénuries chroniques d’eau et les coupures d’électricité, a éclaté en manifestations exigeant la démission de l’ancien président Andry Rajoelina. Ce dernier a choisi de dissoudre son gouvernement plutôt que de se retirer, provoquant une prise de pouvoir militaire dans cette nation d’Afrique australe.
Guinée-Bissau : novembre 2025
Le 26 novembre 2025, des soldats en Guinée-Bissau ont pris le contrôle du pouvoir, trois jours après une élection présidentielle contestée. L’opposition et d’autres critiques ont dénoncé cette action comme une mise en scène visant à empêcher la défaite du président sortant. Le président sortant, Umaro Sissoco Embaló, et son principal opposant, Fernando Dias, revendiquaient tous deux la victoire du scrutin du 23 novembre. Embaló a été libéré et a pu fuir vers le Sénégal voisin, d’où il est parti depuis. La nouvelle junte militaire a procédé à des nominations, incluant plusieurs alliés du président déchu.
Bénin : décembre 2025
Moins de quinze jours après les événements en Guinée-Bissau, le Bénin a été le théâtre d’une prise de pouvoir similaire en décembre 2025, des coups de feu ayant été signalés près du palais présidentiel. Un groupe de militaires, se présentant comme le Comité militaire pour la refondation, a annoncé à la télévision nationale la destitution du dirigeant Patrice Talon et la dissolution des institutions. Le lieutenant-colonel Pascal Tigri a été désigné président de ce comité. Cependant, quelques heures plus tard, les autorités ont déclaré que cette tentative de coup d’État avait été déjouée par les forces armées, réaffirmant l’engagement de l’armée envers la République.
