Considérée comme l’une des branches militaires les plus secrètes de la Russie à l’international, Africa Corps a été chassée d’une position stratégique de la junte malienne au pouvoir ce week-end. Elle reste malgré tout un relais stratégique crucial pour Moscou au Sahel.
Le Mali a traversé un week-end de violences intenses. Ce samedi 25 avril, des combattants djihadistes, alliés à la rébellion Touareg, ont lancé des assauts coordonnés contre plusieurs points névralgiques du pouvoir à Bamako et dans d’autres centres urbains. Ces affrontements ont notamment coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara, tué lors d’une attaque contre sa résidence.
Dans la partie orientale du pays, les forces rebelles ont repris le contrôle de Kidal. Ce bastion stratégique était sous la tutelle rigoureuse de la milice Africa Corps depuis plusieurs années. Après des combats acharnés et des phases de discussion, le groupe paramilitaire russe a choisi de se replier, bien que son influence demeure prépondérante dans l’actualité panafricaine et au-delà des frontières maliennes.
Émergeant de l’ombre à la fin de l’année 2023, Africa Corps est aujourd’hui perçue comme l’un des instruments les plus opaques de la diplomatie armée de la Russie. Sa création a été officialisée dans la sphère numérique par des relais proches du Kremlin, plaçant l’organisation sous la supervision directe du vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov.
Cette transition intervient alors que le célèbre groupe Wagner perdait de sa superbe. Depuis 2014, cette entité autonome servait les intérêts de Moscou, particulièrement sur le continent. Cependant, la disparition brutale d’Evgueni Prigojine et de Dmitri Outkine dans un crash aérien en août 2023, suite à une tentative de mutinerie contre Vladimir Poutine, a forcé une restructuration.
Africa Corps se positionne désormais comme le successeur désigné pour absorber les actifs et les effectifs de Wagner. Contrairement à son prédécesseur, cette nouvelle structure est pilotée de manière plus rigide et centralisée par les autorités russes. Son nom, clin d’œil historique controversé, rappelle les unités du Troisième Reich ayant opéré en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale.
Des ambitions géopolitiques affirmées
Les missions d’Africa Corps sont dénuées d’ambiguïté. L’organisation prétend soutenir les nations désireuses de s’affranchir de ce qu’elle nomme la dépendance néocoloniale. En visant l’éviction des puissances occidentales, elle se présente comme un partenaire de la souveraineté africaine, tout en renforçant la présence militaire russe par l’envoi de troupes et de matériel sophistiqué.
Si elle se veut plus discrète que Wagner, souvent pointé du doigt pour des exactions, Africa Corps étend rapidement sa toile. Après le Burkina Faso, elle a consolidé ses positions en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger. Au Mali, où elle a supplanté Wagner dès 2024, elle déploie des milliers d’hommes pour stabiliser la junte de Bamako face à la résilience Afrique des mouvements rebelles.
Enjeux et pressions internationales
Pour Moscou, cette présence massive permet non seulement d’étendre son influence régionale après le départ de la France, mais aussi de contrôler des ressources minières précieuses et de peser sur les flux migratoires. Malgré ce discours axé sur la dignité africaine, le groupe n’échappe pas aux critiques.
En 2024, le Royaume-Uni a imposé des sanctions à Africa Corps, accusant le groupe de violations des droits humains et d’exploitation prédatrice des richesses naturelles du peuple africain. Entre ambitions de libération et réalités mercenaires, la milice continue de redéfinir les équilibres sécuritaires au Sahel.
