Alerte sur la disparition forcée de Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo au Burkina Faso

Menaces sur la liberté : les cas de Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, fruit de la collaboration entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), sollicite une intervention immédiate concernant la situation critique au Burkina Faso.

L’organisation a été alertée par l’enlèvement et la disparition inexpliquée de deux figures majeures du mouvement Balai citoyen : Amadou Sawadogo, cadre régional, et Miphal Ousmane Lankoandé, sociologue et secrétaire exécutif de l’organisation. Depuis sa création en 2013, ce mouvement œuvre pour l’instauration d’un État de droit démocratique et intègre au Burkina Faso.

Le 20 mars 2025, Amadou Sawadogo a été convoqué par les services de la sûreté de l’État à Ouagadougou. Interrogé sur ses publications critiques sur les réseaux sociaux, il a été contraint de fournir des informations sur d’autres militants. Après une seconde convocation le lendemain, sa trace a été perdue, les autorités refusant de communiquer sur sa position actuelle.

Quelques jours plus tard, le 30 mars 2025, Miphal Ousmane Lankoandé a été victime d’un enlèvement devant son domicile dans le quartier Karpala, à Ouagadougou. Ce rapt s’est produit alors qu’il rentrait de Cotonou, au Bénin, où il avait participé à une session de formation sur l’activisme. Des individus armés, se réclamant de la gendarmerie, l’ont emmené de force sous les yeux de sa femme. À ce jour, aucune institution publique n’a fourni d’informations aux avocats mandatés.

Un climat de répression généralisée

Ces événements s’inscrivent dans une série d’actions visant les membres du Balai citoyen. L’avocat Guy Hervé Kam subit une détention arbitraire après plusieurs arrestations, tandis que Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo ont été enrôlés de force dans l’armée malgré des décisions de justice en leur faveur. Cette stratégie semble s’étendre aux professionnels des médias, comme en témoignent les disparitions récentes des journalistes Guezouma Sanogo, Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem, Kalifara Sere, Serges Oulon et Bayala Adama.

L’Observatoire dénonce l’utilisation de décrets de mobilisation générale pour museler la société civile. Ces textes permettent aux autorités de réquisitionner des citoyens de manière discriminatoire, transformant l’enrôlement militaire en un outil de punition politique. Le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées a déjà manifesté son inquiétude face à ces pratiques au Burkina Faso, les qualifiant de violations graves des droits fondamentaux.

Appel aux autorités et actions urgentes

Face à ces dérives, l’Observatoire exige que les autorités militaires au pouvoir :

  • Garantissent la sécurité physique et morale d’Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé.
  • Révèlent immédiatement leur lieu de détention et procèdent à leur libération sans condition.
  • Cessent les disparitions forcées et l’usage abusif des réquisitions militaires contre les défenseurs des droits et les journalistes.
  • Respectent les engagements internationaux du Burkina Faso, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

L’opinion internationale est invitée à interpeller les représentants diplomatiques et les instances dirigeantes de la transition, notamment le Capitaine Ibrahim Traoré et le Premier Ministre Jean-Emmanuel Ouédraogo, pour mettre fin à ce cycle de harcèlement.