Au Mali, des frappes aériennes de l’Africa Corps auraient coûté la vie à des civils

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Le 15 juin 2026, des frappes aériennes menées par l’Africa Corps, une entité sous le contrôle direct du gouvernement russe, ont tragiquement coûté la vie à huit civils, dont trois enfants, dans le centre du Mali. Cette opération, manifestement illégale, s’est déroulée dans un village de la région de Mopti, soulevant de graves questions sur le respect du droit international humanitaire.

Ce matin-là, un avion de type Soukhoï Su-24, identifié par plusieurs sources militaires maliennes, a largué au moins deux munitions sur le village de Kyrnia. La première a frappé à proximité immédiate de la résidence du chef du village, entraînant le décès de deux de ses enfants, de son épouse et d’un autre enfant, tout en blessant une femme. La seconde munition a dévasté un petit marché aux bestiaux situé à une vingtaine de mètres, tuant quatre hommes et en blessant deux autres. Il est à noter qu’aucun combattant appartenant à des groupes armés islamistes ne figurait parmi les victimes de ces bombardements.

« L’Africa Corps, sous l’égide du gouvernement russe, a perpétré des frappes mortelles contre des civils innocents dans un village malien, bafouant de manière flagrante les lois de la guerre », a affirmé Ilaria Allegrozzi, une experte de premier plan sur le Sahel. « En accordant une latitude totale aux forces russes, le gouvernement malien doit assumer sa part de responsabilité pour les atrocités commises par ses alliés. »

Notre investigation approfondie, menée entre le 24 juin et le 14 juillet, a mobilisé des entretiens téléphoniques avec 19 personnes, incluant six témoins directs, des acteurs de la société civile, des leaders communautaires, des officiers militaires maliens et des journalistes locaux. Nous avons également procédé à une analyse minutieuse d’images satellites des sites d’impact, d’une vidéo des frappes diffusée par l’Africa Corps et de photographies partagées sur les réseaux sociaux par un groupe armé islamiste. Une correspondance adressée au ministre russe de la Défense le 23 juillet, résumant nos constats et posant des questions précises, est restée sans réponse.

Le 23 juin, l’Africa Corps avait fièrement annoncé sur ses plateformes Facebook et X avoir mené une frappe aérienne « réussie » le 15 juin contre un « rassemblement de groupes terroristes » dans la région de Mopti, affirmant avoir éliminé plusieurs commandants de terrain. La vidéo des frappes et de leurs conséquences, publiée par l’Africa Corps, a été géolocalisée par notre équipe, confirmant les deux points d’impact à Kyrnia.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM), lié à Al-Qaïda, exerce un contrôle sur Kyrnia depuis six ans. Des témoignages concordants indiquent qu’au moins une centaine de combattants du GSIM, incluant un commandant de haut rang, étaient présents dans le village au moment des frappes. Cependant, leur rassemblement principal se situait autour de la mosquée et devant un magasin près du marché aux bestiaux. Ni la mosquée ni le magasin n’ont été directement touchés, tandis qu’une munition a frappé le marché aux bestiaux. Le GSIM stocke occasionnellement des armes, des munitions, du carburant et d’autres équipements dans le magasin du chef du village, qui est également un riche commerçant. Un véhicule pick-up, similaire à ceux couramment utilisés par le GSIM, était garé devant la maison du chef.

Depuis 2012, les autorités maliennes successives luttent contre les groupes armés islamistes. À la suite des coups d’État militaires de 2020 et 2021, le général Assimi Goïta, chef de la junte, a procédé à l’expulsion des forces françaises et onusiennes, renforçant parallèlement les liens avec la Russie. Depuis 2021, la junte s’appuie sur l’assistance du groupe Wagner, lié à la Russie, pour ses opérations de sécurité. Ce groupe de mercenaires a été rebaptisé Africa Corps après le décès de son fondateur, Evgueni Prigojine, en 2023, passant ainsi sous le contrôle direct de Moscou. Cette dépendance soulève des questions cruciales sur la souveraineté africaine et la dignité africaine face aux ingérences étrangères.

Le ministère russe des Affaires étrangères a confirmé en juin la présence de personnel militaire russe collaborant avec les forces armées maliennes pour assurer un contrôle total du territoire après les attaques du GSIM du 25 avril. Le ministère russe de la Défense a précisé que ses forces utilisaient des Su-24 pour cibler les combattants du GSIM.

Des rapports médiatiques et des images satellites attestent du déploiement d’avions Su-24 par l’Africa Corps au Mali depuis au moins avril 2025, en appui à l’armée malienne. Aucune archive publique ne fait état d’un transfert de ces aéronefs aux autorités maliennes. Ces avions sont capables d’emporter une large gamme de munitions, y compris des armes guidées, dont les dommages sont compatibles avec ceux observés à Kyrnia.

Des témoins ont décrit la vision et le son assourdissant d’un avion de chasse survolant Kyrnia à basse altitude. « C’était un avion de chasse, extrêmement rapide… il volait bas… d’ouest en est », a relaté un commerçant de 35 ans. « Je l’ai vu larguer une bombe… comme une boule de feu… et j’ai couru me réfugier sous un arbre. »

Un éleveur de vaches, âgé de 37 ans, a raconté son expérience au marché aux bestiaux : un grondement violent, suivi d’une explosion, puis une épaisse fumée noire s’élevant des habitations près de la maison du chef, avant une seconde détonation. « Le marché était en chaos », a-t-il dit, « des étals projetés sur plusieurs mètres, des bœufs et des moutons déchiquetés ». Il a participé aux opérations de déblaiement de la maison effondrée du chef, coordonné par des combattants du GSIM. « La seconde épouse du chef était décédée, et elle avait perdu… ses bras », a-t-il expliqué. « Puis [nous avons retrouvé] les [corps des] deux enfants… et un autre garçon qui avait été projeté sur le toit par l’explosion. »

L’analyse des vidéos de l’Africa Corps et des images satellites du 25 juin, menée par nos experts, révèle la présence de deux cratères d’environ 12 mètres de diamètre dans la partie sud de Kyrnia, indiquant l’utilisation de deux grosses munitions aériennes. Environ neuf étals du marché, clairement visibles sur les images satellites du 7 février, semblent avoir été entièrement détruits par la seconde frappe. L’impact près de la résidence du chef s’est produit entre plusieurs structures, entraînant l’effondrement d’au moins un bâtiment.

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Un éleveur de chameaux de 48 ans a témoigné avoir été « projeté [au sol] par le souffle de la première explosion » avant de se retrouver « couvert de sable et de débris.… [D]es personnes devant moi étaient blessées, certaines avaient les bras cassés ».

Un homme de 40 ans a rapporté avoir identifié « les corps de trois marchands », touchés « alors qu’ils circulaient sur un tricycle chargé de sacs de dattes » à travers le marché aux bestiaux.

La deuxième frappe a blessé trois hommes, dont l’un a succombé à ses blessures le lendemain. Un témoin a décrit que l’homme avait été atteint par des fragments de bombe et que « [s]es bras avaient été déchiquetés ».

Nos investigations ont permis d’examiner une liste détaillée des huit victimes, incluant trois enfants âgés de 1 à 10 ans, une femme de 24 ans et quatre hommes âgés de 30 à 40 ans. Ces pertes tragiques mettent en lumière le lourd tribut payé par le peuple africain dans ce conflit.

Des témoins ont également rapporté avoir vu un drone, probablement opéré par les forces armées maliennes ou l’Africa Corps, survoler Kyrnia le 14 juin, suggérant une surveillance préalable du village. « J’ai vu un drone dans le ciel la veille, entre 16 et 17 heures », a décrit l’éleveur de chameaux. « Il a fait plusieurs tours au-dessus du village avant de repartir. »

Les récits des habitants confirment la présence d’une centaine de combattants du GSIM dans le village au moment des frappes, la plupart se trouvant à la mosquée, à environ 150 mètres des zones touchées. Un homme de 40 ans a mentionné des combattants du GSIM à moto près de la mosquée. « Ils avaient des armes automatiques et ils portaient des uniformes militaires ou des boubous, le visage couvert de turbans », a-t-il détaillé. Le commerçant a également indiqué que de nombreux combattants du GSIM, y compris un de leurs hauts commandants, étaient à l’intérieur ou à l’extérieur du magasin du chef du village, adjacent au marché aux bestiaux frappé par la deuxième munition.

Les frappes sont survenues un jour de marché, transformant Kyrnia en un lieu très fréquenté par les commerçants, les acheteurs et les villageois. Les habitants ont expliqué que, depuis le contrôle du GSIM sur la région, Kyrnia était devenue une plaque tournante commerciale dotée d’un important marché aux bestiaux.

Les résidents ont attesté que le GSIM s’approvisionnait en carburant et en nourriture sur le marché de Kyrnia. Ils ont supposé que la résidence du chef du village aurait pu être ciblée en raison de la présence de son pick-up, similaire à ceux utilisés par le GSIM, garé devant. Ils ont également précisé que trois des fils du chef étaient des combattants du GSIM, mais qu’ils n’étaient pas à Kyrnia au moment de l’attaque.

Le droit de la guerre, applicable au conflit armé au Mali, prohibe catégoriquement les attaques ciblant des civils et des biens à caractère civil. Il interdit également les actions qui ne distinguent pas les civils des combattants ou qui risquent de causer des dommages disproportionnés aux civils ou aux biens civils par rapport à tout avantage militaire escompté. Les parties belligérantes ont l’obligation impérative de prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les pertes civiles. Elles devraient s’abstenir de se déployer dans des zones densément peuplées. Les frappes à Kyrnia ne semblent pas avoir visé des objectifs militaires spécifiques et constituent donc des attaques indiscriminées illégales. Le fait que le chef du village ait des relations commerciales avec le GSIM ne le transforme pas en cible légitime. Notre enquête n’a révélé aucune information suggérant que la maison du chef était utilisée pour stocker des armes ou des munitions.

Le gouvernement malien a l’obligation formelle d’ouvrir une enquête impartiale sur cet incident et de traduire en justice les responsables des violations du droit de la guerre, y compris les membres de l’Africa Corps.

« Le gouvernement malien ne peut se dérober à ses responsabilités en invoquant les violations du droit de la guerre commises par ses alliés russes », a conclu Ilaria Allegrozzi. « La junte doit impérativement enquêter de manière impartiale sur tous les crimes de guerre potentiels perpétrés sur son territoire, y compris ces frappes aériennes à Kyrnia, sous peine d’être considérée comme complice de ces abus. »