Au Niger, 12 900 milliards de FCFA de passifs extérieurs racontent une autre histoire économique

Ce que disent les comptes extérieurs du Niger à la fin de 2024

L’émancipation économique proclamée sur la scène publique se heurte à une réalité chiffrée bien plus nuancée. À la clôture de l’exercice 2024, la position extérieure globale (PEG) du Niger affichait un solde lourdement débiteur, révélant à quel point l’économie nationale demeure arrimée aux capitaux étrangers.

Les engagements financiers du pays vis-à-vis du reste du monde culminent à 12 933,5 milliards de FCFA, d’après les données consolidées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). En regard, les avoirs détenus par les résidents nigériens au-delà des frontières ne pèsent que 1 356,9 milliards de FCFA.

Un écart vertigineux entre ce que le pays doit et ce qu’il possède

Le différentiel entre ces deux masses est saisissant : une part très réduite du patrimoine financier mobilisé au Niger appartient réellement à ses habitants. Infrastructures, créances et capitaux qui font tourner le pays restent, dans leur immense majorité, contrôlés par des acteurs non résidents.

Où se logent concrètement ces engagements extérieurs ?

Beaucoup imaginent une dette extérieure portée presque exclusivement par l’État. La ventilation des passifs raconte une tout autre histoire.

  • 59,4 % des passifs, soit 7 685 milliards de FCFA, sont inscrits au bilan des sociétés non financières. Ce poids traduit la place dominante des multinationales et des investisseurs étrangers dans des secteurs stratégiques tels que le pétrole, les mines et les télécommunications.
  • 34,2 %, soit 4 428,7 milliards de FCFA, correspondent à la dette extérieure de l’administration publique.
  • Le solde se répartit entre la Banque centrale et les banques commerciales.

Le privé étranger, véritable moteur de la croissance nationale

Cette configuration n’est pas anodine. Elle signifie que les ressorts de l’activité économique nigérienne dépendent étroitement des décisions, des arbitrages et du bon vouloir de capitaux basés à l’étranger. La souveraineté financière relève alors davantage d’un objectif à atteindre que d’un acquis.

Une carte des créanciers qui s’est déplacée vers d’autres horizons

La répartition géographique des passifs achève de fragiliser la thèse d’un affranchissement. La catégorie « autres pays », qui rassemble les partenaires situés hors zone euro et hors UEMOA — la Chine occupant le premier rang —, concentre à elle seule 78 % des engagements extérieurs du Niger.

La zone euro ne représente plus qu’environ 18 % du total, tandis que l’intégration financière régionale au sein de l’UEMOA demeure marginale, autour de 5 %.

De nouveaux bailleurs, pas une indépendance retrouvée

En substituant de nouveaux créanciers aux partenaires traditionnels, le Niger n’a pas reconquis sa souveraineté financière : il a changé de tuteur.

Une marge de manœuvre étroite, malgré les discours

Avec plus de 12 900 milliards de FCFA de passifs extérieurs, le pouvoir nigérien dispose d’un espace de décision particulièrement réduit. La rhétorique politique, aussi volontariste soit-elle, ne suffit pas à dissiper des dépendances économiques profondément enracinées, que les chiffres continuent de rappeler exercice après exercice.