Au Brésil, la victoire ne suffit pas : le jeu compte tout autant. En 1994, la Seleção avait mis fin à 24 ans sans titre mondial, mais la manière avait été critiquée, y compris par la mère du sélectionneur. Ce vendredi à Philadelphie, les Auriverdes ont offert une première mi-temps flamboyante contre Haïti, avant de baisser d’intensité en seconde période.
Le sélectionneur Carlo Ancelotti, premier Italien à diriger le Brésil, a modifié son attaque en titularisant Matheus Cunha à la place d’Igor Thiago. Le pari a rapidement payé : l’attaquant de Manchester United a ouvert le score en détournant un dégagement manqué, après un tir de Vinícius Jr.

Cunha a ensuite doublé la mise d’une frappe du gauche dans la lucarne, sur une nouvelle offrande de Vini Jr., célébrant à la façon d’un surfeur.
Vinícius Jr. s’est lui-même inscrit au tableau d’affichage avant la pause, profitant d’une ligne défensive haïtienne trop haute et d’une passe lobée de Lucas Paquetá, plus en vue que lors du match nul contre le Maroc.
L’ambiance était bouillante dans les tribunes, les supporters espérant une démonstration similaire à celle du Canada contre le Qatar. Mais Haïti a réagi : après un carton jaune précoce, le sélectionneur Sébastien Migné a resserré sa défense en passant à un bloc bas, stoppant l’hémorragie. Les Grenadiers n’ont pas garé le bus, mais ont joué avec plus de lucidité, comprenant qu’on n’affronte pas le Brésil comme le Costa Rica.

La seconde période en demi-teinte du Brésil s’explique aussi par la blessure de Raphinha dès la 40e minute. L’ailier du FC Barcelone, auteur d’une saison exceptionnelle avec 34 buts et 22 passes, a manqué sur le côté droit. Neymar, toujours convalescent, n’était même pas présent à Philadelphie, ce qui pose la question de la sélection de João Pedro, pourtant tranchant à Chelsea.
Ancelotti s’est sans doute évité une polémique : écarter Neymar, 34 ans et blessé chronique, aurait été perçu comme un crime de lèse-majesté par certains supporters et journalistes.
Après un match difficile contre le Maroc, le Brésil pourrait regretter de ne pas avoir creusé l’écart au goal-average avant le dernier match de groupe. Les Auriverdes n’ont pas su exploiter les erreurs de communication entre la défense haïtienne et le gardien Johny Placide.
Haïti a eu quelques occasions, notamment via un une-deux entre Martin Expérience et Pierrot, qui a offert le premier corner des Grenadiers. Sur le deuxième corner, Alisson a dû intervenir pour préserver le clean sheet.

Haïti devient la première équipe éliminée de ce Mondial. Le match décisif était contre l’Écosse, perdu 1-0 après une belle résistance. Les Grenadiers n’ont pas à rougir de cette élimination face au pays le plus titré de l’histoire.
Mercredi, Haïti jouera pour l’honneur contre le Maroc, demi-finaliste en 2022. Un match suivi de près par les diasporas respectives au Québec, jour de la fête nationale. En 1974, Haïti avait perdu tous ses matchs, marquant deux buts par Emmanuel Sanon. Verra-t-on un nouveau buteur haïtien en Coupe du monde ?
Le Brésil, quintuple champion du monde, n’a plus soulevé le trophée depuis 2002, une disette comparable à celle d’après Pelé (1970). Sont-ils prêts à gagner, et avec la manière cette fois ?
