Côte d’Ivoire : l’élevage local au cœur de la stratégie pour l’Aïd al-Adha

Quelques semaines avant l’Aïd al-Adha, la Côte d’Ivoire active une stratégie audacieuse pour sécuriser l’approvisionnement en moutons. Le Conseil national de lutte contre la vie chère (CNLVC) mise sur le renforcement de l’élevage local afin d’éviter une hausse brutale des prix durant cette période, marquée par une demande explosive. Chaque année, des milliers de têtes sont vendues en quelques jours, mettant à rude épreuve les capacités du marché.

L’élevage local, une solution pour réduire la dépendance sahélienne

Longtemps tributaire des importations en provenance du Sahel – notamment du Mali, du Burkina Faso et du Niger –, la Côte d’Ivoire subit des variations de prix importantes lors des fêtes religieuses. Les éleveurs sahéliens privilégient souvent les marchés les plus rémunérateurs, tandis que les coûts de transport fluctuent fortement. En encourageant la production nationale, le CNLVC cherche à atténuer cette vulnérabilité et à stabiliser les prix dans les grandes villes, à commencer par Abidjan.

Le plan repose sur la mobilisation des éleveurs ivoiriens et une meilleure organisation de la filière, de la production à la commercialisation. Une cellule de veille surveille en temps réel les marchés et collabore avec les professionnels pour anticiper les tensions. Cependant, malgré ces efforts, la production locale reste insuffisante face à une demande estimée à plusieurs centaines de milliers de têtes pour l’Aïd al-Adha, limitant ainsi l’impact immédiat de cette initiative.

Pouvoir d’achat : un défi politique majeur pour Abidjan

La gestion de l’inflation s’impose comme une priorité pour les autorités ivoiriennes. Depuis sa création, le CNLVC multiplie les actions sur les produits de première nécessité, des denrées alimentaires aux biens essentiels. L’Aïd al-Adha, avec son enjeu économique et social pour les communautés musulmanes, devient un test décisif pour ces mesures.

Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse la simple régulation des prix. Il s’agit aussi de dynamiser une filière porteuse d’emplois en zone rurale, dans un pays où la croissance démographique stimule une demande constante en protéines animales. Le développement de l’élevage local s’inscrit dans la continuité du Programme national de développement de l’élevage, qui vise à réduire les importations de viande et de produits laitiers depuis plusieurs années.

Logistique, coopération régionale et défis persistants

Garantir des prix stables pour le mouton de l’Aïd al-Adha nécessite une collaboration renforcée avec les pays voisins. Les axes logistiques reliant les zones d’élevage sahéliennes aux marchés ivoiriens restent indispensables, mais leur efficacité dépend de nombreux facteurs : sécurité, ouverture des frontières et coûts de transport. Ces aléas pèsent directement sur les prix payés par les consommateurs abidjanais.

Le CNLVC mise donc sur une approche globale : stimulation de l’offre locale, contrôle des circuits d’importation et lutte contre les pratiques spéculatives. Cette stratégie reflète une vision plus large de la lutte contre la vie chère, où les solutions ponctuelles ne suffisent plus. Les acteurs du secteur attendent des résultats concrets, après des années où le prix d’un mouton adulte dépassait régulièrement 150 000 FCFA sur les marchés d’Abidjan lors de l’Aïd al-Adha.

Les prochaines semaines seront déterminantes. Pour réussir, il faudra à la fois accélérer le développement des élevages locaux, renforcer la coordination avec les partenaires sahéliens et surveiller de près les marges des distributeurs. À court terme, c’est le pouvoir d’achat des ménages ivoiriens qui se jouera sur les étals et dans les enclos. Les autorités affichent leur détermination à faire de cette édition un exemple réussi de leur politique de stabilisation.