Le Maroc, un défi majeur pour le Partido Popular à l’approche du pouvoir

Un parti espagnol sous le feu des critiques marocaines

Les déclarations récentes du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, ont jeté une lumière crue sur les tensions entre le gouvernement et le Partido Popular. Qualifiant l’opposition de «formation anti-marocaine», il pointe une instrumentalisation des relations extérieures, notamment avec le Maroc, au service d’une stratégie politique interne. Selon lui, cette approche transforme un partenariat stratégique en enjeu de rivalité partisane.

Une relation bilatérale en pleine expansion

Depuis 2022, Madrid et Rabat ont tissé des liens solides, couvrant la migration, l’économie, la sécurité et même la préparation conjointe de la Coupe du monde 2030 avec le Portugal. En décembre 2025, quatorze nouveaux accords ont été signés, renforçant cette dynamique. Pourtant, le PP semble déterminé à remettre en cause cet édifice s’il accède au pouvoir.

Le Sahara occidental, nœud gordien de la politique espagnole

Le Partido Popular a longtemps critiqué la position du gouvernement Sánchez sur le Sahara, qu’il juge incompatible avec les décennies de consensus diplomatique espagnol. En mars 2022, Madrid a reconnu l’initiative marocaine d’autonomie comme «la solution la plus sérieuse et réaliste», une décision vivement contestée par l’opposition. Pourtant, le PP évite de clarifier sa propre doctrine, oscillant entre respect du droit international et soutien implicite à Rabat.

Des contradictions révélatrices

Les ambiguïtés du PP sont apparues au grand jour en juillet 2025, lorsque la présence d’un représentant du Polisario à un congrès du parti a suscité l’incompréhension à Rabat. En février 2026, Albares a accusé l’opposition de tenir un double discours, soutenant en privé des positions qu’elle dénonce publiquement. Une stratégie risquée, car un revirement officiel pourrait fragiliser les relations bilatérales.

Un contexte international en mutation

Le PP n’hériterait pas d’une politique étrangère figée en 2022. Depuis, l’initiative marocaine a gagné en soutien international, et l’Espagne a ancré sa position dans un partenariat global avec le Maroc. Un retour en arrière ne serait pas anodin : il rouvrirait un dossier explosif et affaiblirait la crédibilité de Madrid sur la scène internationale.

L’influence de Vox et la tentation du repli national

La montée en puissance de Vox a poussé le PP à durcir son discours sur l’immigration et les prestations sociales. L’émergence de la notion de «priorité nationale», popularisée par l’extrême droite, a créé des tensions internes au parti. Certains cadres tentent de nuancer, évoquant une «priorité résidentielle», mais le signal envoyé est clair : Vox influence désormais l’agenda de la droite espagnole.

Feijóo face à son propre paradoxe

Alberto Núñez Feijóo incarne cette contradiction. Depuis l’opposition, il peut critiquer la politique marocaine de Sánchez, mais une fois au pouvoir, il devra gérer une relation complexe, stratégique et incontournable. Pragmatisme ou rupture ? Le choix sera cornélien.

La coopération avec le Maroc ne relève pas seulement d’une idéologie, mais de réalités géopolitiques et économiques. La Coupe du monde 2030, la sécurité frontalière et les échanges commerciaux rendent toute remise en cause coûteuse. Le PP pourrait donc se retrouver prisonnier de ses propres contradictions, obligé de perpétuer une politique qu’il a longtemps combattue.

La question n’est plus seulement de savoir si le Partido Popular est «anti-marocain», mais jusqu’où il est prêt à instrumentaliser cette relation pour des gains électoraux, et comment il assumera ses choix une fois au gouvernement. Une chose est sûre : Madrid et Rabat resteront liés, quels que soient les aléas politiques.