Un tournant médiatique qui relance une enquête en suspens
Le 23 octobre 2026, l’antenne de la Radio Télévision du Niger devient le théâtre d’une révélation qui secoue l’actualité ouest-africaine. L’inspecteur Habibou Oumarou Mamane, figure connue sous le pseudonyme « Le Rebelle », y expose devant les caméras un récit détaillé impliquant le Niger dans la localisation du colonel Pascal Tigri. Accusé d’être l’architecte présumé de la tentative de coup d’État perpétrée au Bénin le 7 décembre 2025, Pascal Tigri se trouve désormais au cœur d’une nouvelle polémique où les mots contacts, argent et exfiltration prennent une dimension stratégique.
Un récit précis, mais des zones d’ombre persistantes
Dans sa déclaration, l’inspecteur nigérien évoque des échanges précis avec des intermédiaires, attribuant à certains des liens avec des services béninois. Il détaille même une transaction financière : deux millions de francs CFA auraient été versés le 9 mars 2026 dans les ruelles animées du grand marché de Niamey, sous prétexte d’aider à localiser l’officier recherché. D’autres éléments, comme une enveloppe de cinq millions de francs CFA ou des promesses de passeports diplomatiques, sont mentionnés. Pourtant, ces affirmations, bien que détaillées, reposent sur des déclarations orales et des noms cités sans preuve tangible.
Parmi les protagonistes cités : Moumouni, Zakou, un certain « David », et l’officier béninois Ilou. Une rencontre à Malanville, ville frontalière entre le Bénin et le Niger, est également évoquée. Si ces éléments donnent une apparence de crédibilité au témoignage, ils peinent à convaincre totalement : l’identité réelle des interlocuteurs, la source des fonds et les motivations profondes restent à éclaircir.
Exfiltration ou simple recherche ? Le piège des mots
L’utilisation du terme exfiltration par l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane a immédiatement fait réagir les observateurs. Ce mot évoque une opération secrète pour soustraire un individu à une juridiction, mais il ne suffit pas à établir qu’une telle manœuvre a été commanditée par les autorités béninoises. Distinguer une recherche policière légitime d’une exfiltration clandestine est crucial. Dans ce dossier, rien ne permet d’affirmer que Cotonou aurait cherché à faire sortir Pascal Tigri du Niger par des moyens illégaux.
En revanche, la recherche d’un suspect lié à une tentative de coup d’État s’inscrit dans une logique sécuritaire classique. La localisation d’un fugitif, la collecte de renseignements et les démarches judiciaires sont des actions distinctes d’une opération d’exfiltration. Si la présence de Pascal Tigri au Niger était avérée, les procédures d’entraide judiciaire ou d’extradition pourraient alors être envisagées, dans le respect du droit international.
Pourquoi une diffusion publique si sensible ?
Le choix de rendre public un témoignage aussi explosif sur une chaîne nationale interroge. Une médiatisation de cette ampleur peut servir à sensibiliser l’opinion, mais elle peut aussi brouiller les pistes en l’absence de preuves concrètes. Sans éléments vérifiables, le récit risque de devenir une source de spéculations, surtout dans un contexte où les relations entre le Bénin et le Niger sont déjà tendues.
Plusieurs hypothèses se dégagent : s’agit-il d’une volonté de renforcer la transparence sur une enquête complexe ? D’une réponse à des accusations antérieures ? Ou d’un message politique plus large ? À ce stade, aucune de ces pistes ne peut être confirmée. Le Bénin, qui avait déjà rejeté des allégations similaires en septembre, n’a pas encore réagi officiellement à ces nouvelles déclarations.
L’affaire Tigri, révélateur des tensions régionales
L’affaire Pascal Tigri dépasse désormais le cadre d’une simple chasse à l’homme. Elle illustre les défis auxquels sont confrontés deux États voisins lorsqu’une question de sécurité intérieure devient un enjeu diplomatique. Si des preuves solides confirment que le colonel recherché se trouve au Niger, la coopération judiciaire et policière entre les deux pays deviendra un impératif.
Les identités citées, les transactions financières évoquées et les circonstances des rencontres doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes. La suite de l’affaire dépendra de la capacité des autorités à produire des éléments tangibles et à clarifier leurs positions. Dans une région où les rumeurs circulent vite, la crédibilité des accusations reposera moins sur leur mise en scène que sur leur solidité juridique.
Ce que l’on sait : les faits établis
- Un témoignage a été diffusé le 23 octobre 2026 sur la RTN, impliquant le Niger dans la localisation de Pascal Tigri.
- L’inspecteur Habibou Oumarou Mamane évoque des contacts, des paiements en francs CFA et des intermédiaires liés au Bénin.
- Aucune preuve tangible n’a encore été présentée pour étayer ces allégations.
- Le terme exfiltration a été utilisé, mais son sens exact reste à définir officiellement.
- Le Bénin n’a pas encore réagi publiquement à ces nouvelles déclarations.
Les zones d’ombre à éclaircir
- L’authenticité des échanges et des paiements évoqués par l’inspecteur nigérien.
- L’identité réelle des personnes citées (Moumouni, Zakou, « David », Ilou).
- L’existence d’instructions officielles émanant des autorités béninoises.
- Les motivations derrière la diffusion publique de ce témoignage.