Une rencontre décisive s’est tenue à Yaoundé entre le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, et une délégation conduite par KC Trade International. L’objet ? Évaluer un projet d’importation pétrolière intégrant un schéma de financement audacieux, susceptible de bouleverser les équilibres économiques du pays. Mais jusqu’où le Cameroun peut-il se permettre de miser sur ce modèle sans garantie tangible ?
Un mécanisme de paiement révolutionnaire pour un secteur sous pression
Le projet repose sur une formule baptisée « Open account 100 % » par Cédric Ketchanga, administrateur général de KC Trade International. Concrètement, les cargaisons de produits pétroliers seraient livrées avant même d’être facturées, le règlement intervenant ultérieurement. Une approche révolutionnaire dans le négoce pétrolier, où les lettres de crédit bancaires dominent habituellement les transactions. Le risque ? Une exposition financière colossale, avec des cargaisons valant entre 30 et 60 millions de dollars selon les cours du marché.
Pourtant, aucun détail n’a été dévoilé : ni la durée du crédit, ni les volumes concernés, ni les garanties exigées. Cette opacité interroge sur l’impact réel de ce dispositif pour le Trésor public camerounais ou pour la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), gestionnaire des stockages stratégiques.
Un marché pétrolier camerounais en pleine mutation depuis 2019
Le Cameroun, structurellement importateur de produits raffinés depuis l’incendie de la Sonara en mai 2019, dépend désormais à 100 % des approvisionnements extérieurs. Entre janvier et octobre 2025, le pays a importé près de 1,79 million de tonnes de carburants liquides et de GPL, soit une projection annuelle d’environ 2,2 millions de tonnes. À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire, avec une raffinerie fonctionnelle produisant 3,5 millions de tonnes par an, reste exportatrice nette. Ce contraste révèle l’ampleur du marché camerounais aujourd’hui convoité par les traders internationaux.
Rüya Bayegan, présidente de BGN, a confirmé que son groupe avait déjà commencé à livrer le Cameroun et envisageait des investissements supplémentaires. Une dynamique qui pourrait redéfinir les rapports de force dans le secteur.
Au-delà du pétrole : une stratégie globale pour les hydrocarbures camerounais
La proposition de KC Trade International ne se limite pas à l’importation. Plusieurs pistes ont été évoquées : des accords de fourniture pluriannuels, la commercialisation du brut camerounais sur les marchés internationaux, ou encore des partenariats dans les infrastructures portuaires et pétrolières. Autant de leviers qui engagerait l’État dans des relations de long terme avec des acteurs privés, dont la transparence reste limitée.
La commercialisation du brut, actuellement gérée par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) via des appels d’offres trimestriels, est l’un des enjeux majeurs. La présence d’un nouvel intermédiaire modifierait irrévocablement les recettes pétrolières du Cameroun, alors que la production nationale oscille entre 60 000 et 65 000 barils par jour. Pour les autorités, la décision à prendre dépasse donc le simple cadre financier : elle engage la souveraineté stratégique du pays sur ses ressources.