L’armée malienne, soutenue par le groupe Wagner originaire de Russie, est accusée d’avoir commis de graves exactions contre des civils issus de l’ethnie peule. Depuis le début de l’année 2025, des dizaines d’hommes peuls auraient été victimes d’exécutions sommaires ou de disparitions forcées dans plusieurs régions du Mali, selon des rapports d’enquête.
Des exactions ciblant spécifiquement les Peuls
Les forces armées maliennes et les mercenaires du groupe Wagner, alliés depuis plusieurs années, mènent des opérations de contre-insurrection contre des groupes islamistes armés, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Cependant, ces actions se sont souvent accompagnées d’abus massifs envers les civils peuls, accusés à tort de collaborer avec les djihadistes.
Selon des témoignages recueillis par des organisations de défense des droits humains, au moins 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées d’hommes peuls ont été recensées depuis janvier 2025. Les victimes ont été ciblées dans des villages de plusieurs régions, dont Kayes, Ségou et Tombouctou.
Violences documentées dans plusieurs localités
Kobou (région de Mopti) – 23 janvier 2025
Le 23 janvier, des soldats maliens sont entrés dans le village de Kobou, contrôlé par le GSIM, et ont exécuté trois hommes peuls, dont deux âgés de 65 et 75 ans. Leurs corps, retrouvés avec les yeux bandés et les mains liées, témoignaient de la brutalité de l’intervention. Plus de 30 maisons ont également été incendiées lors de l’opération. Un témoin a déclaré : « Nous, les Peuls, savons que nous sommes des cibles. Si nous restons, nous risquons d’être tués par les soldats ou les djihadistes. »
Meurtres et incendies à Kobou : témoignages accablants
Farana (région de Tombouctou) – 26 mars 2025
Quatre hommes peuls ont été battus à mort près d’une rivière, leurs corps retrouvés avec des traces de torture. Un témoin a décrit une scène macabre : « Il y avait du sang partout, comme après l’abattage de 10 vaches. » Les proches des victimes n’ont jamais obtenu d’informations sur le sort réservé aux corps.
Sebabougou (région de Kayes) – 12 avril 2025
Plus de 100 hommes peuls ont été arrêtés et transférés vers un camp militaire, où au moins 65 d’entre eux auraient été exécutés. Leurs familles, toujours sans nouvelles, ont découvert des cadavres en décomposition près du camp de Kwala quelques jours plus tard.
Belidanédji (région de Ségou) – 30 mars 2025
Six civils peuls ont été exécutés sommairement après une opération conjointe de l’armée malienne et de Wagner. Un témoin a raconté : « Les soldats ne faisaient pas de distinction. Pour eux, tous les Peuls étaient des djihadistes. »
Sikere (région de Ségou) – 14 mai 2025
Quatre hommes peuls ont été abattus dans une mosquée après avoir été accusés de collaborer avec le GSIM. Un villageois a déclaré : « Ils nous ont menacés : si les djihadistes attaquent, nous reviendrons tous vous exterminer. »
Responsabilités et impunité
L’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour protéger les civils au Mali, notamment en soutenant les enquêtes et en exigeant des poursuites contre les responsables. La junte militaire malienne, qui contrôle le pays depuis 2021, porte une responsabilité majeure dans ces exactions, selon des experts en droits humains.
Les Nations Unies et des organisations internationales ont documenté ces crimes, qui violent à la fois le droit international humanitaire et la Convention contre les disparitions forcées, ratifiée par le Mali. La Cour pénale internationale (CPI), qui enquête déjà sur les crimes commis dans le pays depuis 2012, pourrait également se saisir de ces affaires.
« Les hauts responsables maliens et russes doivent savoir qu’ils pourraient être tenus pour responsables des crimes commis par leurs forces », a averti une chercheuse de Human Rights Watch. « L’impunité ne peut plus durer. »
