le Mali révolutionne la lutte contre le paludisme avec une stratégie de vaccination inédite
une première mondiale pour protéger les enfants maliens
le Mali s’impose comme précurseur en afrique avec une méthode combinant vaccination régulière et saisonnière pour renforcer l’immunité des jeunes enfants.
À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le paludisme, le Mali a marqué l’histoire en devenant le premier pays au monde à déployer une approche hybride de vaccination antipaludique. Cette innovation cible spécifiquement les enfants âgés de 5 à 36 mois, en combinant des doses administrées en continu selon l’âge et d’autres doses administrées de manière saisonnière avant la période de forte transmission du paludisme.
un fardeau sanitaire colossal
Selon les données de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Mali enregistrait en 2023 8,15 millions de cas de paludisme (soit 3,1 % des cas mondiaux) et 14 328 décès (2,4 % des décès mondiaux). Le pays figure parmi les onze nations les plus touchées par cette maladie, avec une augmentation de 1,4 million de cas entre 2019 et 2023 dans la Région africaine, qui concentre à elle seule 94 % des cas et 95 % des décès mondiaux.
une stratégie adaptée aux réalités locales
L’approche hybride mise en place au Mali repose sur un calendrier vaccinal innovant :
- Trois doses initiales administrées mensuellement en fonction de l’âge de l’enfant ;
- Deux doses supplémentaires administrées de manière saisonnière (mai ou juin) avant la saison des pluies, période où les risques de transmission sont maximaux.
Cette méthode permet d’aligner la protection vaccinale sur les périodes de haute transmission, comme le confirment les données probantes issues de recherches menées localement. Le vaccin R21/Matrix-M, déployé initialement dans 19 districts prioritaires répartis dans cinq régions (Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou et Sikasso), est actuellement disponible à hauteur de 927 800 doses.
une mobilisation internationale sans précédent
Le lancement de cette initiative a bénéficié du soutien de plusieurs acteurs clés :
- Gavi, l’Alliance du vaccin : coordination du programme mondial et financement partiel ;
- UNICEF : distribution et promotion de la vaccination auprès des communautés ;
- OMS : évaluation et recommandation des vaccins.
Le Ministère de la Santé et du Développement social du Mali, dirigé par le Colonel Assa Badiallo Touré, a salué l’engagement de ces partenaires pour cette avancée majeure. « La réussite de l’introduction du vaccin antipaludique est un défi que chaque acteur doit relever pour réduire l’impact de cette maladie », a-t-il déclaré lors du lancement.
des résultats prometteurs grâce à la recherche
Les vaccins RTS,S/AS01 et R21/Matrix-M, tous deux préqualifiés par l’OMS, ont démontré leur efficacité lors d’essais cliniques de phase 3 :
- Réduction de plus de 50 % des cas de paludisme la première année ;
- Protection prolongée grâce à une quatrième dose en deuxième année ;
- Réduction de 75 % des cas dans les zones de transmission saisonnière élevée.
Le Dr Patrick Kabore, Représentant de l’OMS au Mali, a souligné l’importance de ce vaccin : « C’est l’une des avancées les plus significatives en santé publique ces dernières années ». De son côté, le Dr Pierre Ngom, Représentant de l’UNICEF au Mali, a mis en avant le rôle des bénévoles utilisant des outils numériques pour promouvoir la vaccination et lutter contre la désinformation.
vers une généralisation du vaccin en afrique
Depuis 2023, plus de 24 millions de doses ont été livrées en Afrique, et le Mali est le 20e pays du continent à introduire le vaccin. D’autres nations comme le Nigéria, le Tchad, le Soudan ou la République démocratique du Congo ont également lancé des programmes similaires, souvent intégrés à des stratégies plus larges de lutte contre les maladies infantiles.
D’ici la fin 2025, 13 millions d’enfants supplémentaires devraient être protégés par le vaccin antipaludique en Afrique. Pour la période 2026-2030, Gavi vise à protéger 50 millions d’enfants supplémentaires, sous réserve de levées de fonds suffisantes.
le paludisme, un enjeu majeur de santé publique
Les enfants de moins de cinq ans représentent plus de 75 % des décès dus au paludisme dans le monde. Leur vulnérabilité s’explique par l’absence d’immunité acquise, contrairement aux adultes exposés depuis des années. Les mesures de prévention actuelles (moustiquaires imprégnées, chimioprévention, pulvérisation intradomiciliaire) restent essentielles, mais le vaccin vient les compléter pour offrir une protection renforcée.
Pourquoi une approche hybride ?
Au Mali, la transmission du paludisme est très saisonnière, avec 70 % des cas survenant entre juillet et décembre. L’administration saisonnière des doses 4 et 5 permet de maximiser l’efficacité du vaccin pendant cette période critique, comme le confirment les données locales.
