Près d’un an et demi après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, le Niger s’enfonce dans une répression systématique. Selon le dernier rapport d’Amnesty International, le régime militaire du CNSP multiplie les violations des libertés fondamentales. Intitulé « Niger. Menacés et mis au pas », ce document accablant recense les dérives observées entre juillet 2023 et janvier 2025 : arrestations brutales, médias muselés et interdiction de toute activité politique. Alors que les militaires justifiaient leur prise de pouvoir par une volonté de restaurer la sécurité, la réalité dépeinte montre un espace civique en lambeaux.
Un cadre juridique détourné pour museler l’opposition
Malgré les promesses initiales du général Abdourahamane Tiani concernant le respect des engagements internationaux du Niger, l’État de droit semble s’effacer. Les autorités ont suspendu la Constitution de 2010 et neutralisé les institutions de contrôle, comme la Commission nationale des droits de l’homme. Désormais, le pays est dirigé par des ordonnances restrictives qui ciblent directement les voix dissidentes.
Le rétablissement de la loi sur la cybercriminalité en juillet 2024 permet de condamner lourdement toute critique sous prétexte de diffamation ou de trouble à l’ordre public. Plus grave encore, un décret d’août 2024 autorise la déchéance de nationalité pour les personnes soupçonnées d’activités terroristes ou d’atteinte aux intérêts nationaux. Déjà 21 personnalités, dont d’anciens ministres, ont été touchées par cette mesure, risquant de devenir apatrides dans leur propre pays.
La société civile et les médias sous une chape de plomb
Le pluralisme politique a pratiquement disparu au Niger. Les partis sont suspendus, laissant le champ libre aux services de renseignement pour opérer des arrestations arbitraires. Des figures comme Moussa Tchangari ont été violemment interpellées et poursuivies pour « apologie du terrorisme » après avoir exprimé des réserves sur la gestion de la junte. Ce climat instaure une division profonde entre les « patriotes » soutenant le régime et les « apatrides » critiques.
La liberté de la presse subit également des assauts frontaux :
- La Maison de la presse a été placée sous tutelle gouvernementale.
- Les diffusions de RFI, France 24 et de la BBC ont été interrompues.
- Des journalistes et blogueurs, tels que Soumana Maïga, Ousmane Toudou ou Samira Sabou, ont été harcelés ou détenus.
Face à cette surveillance accrue, l’autocensure est devenue la règle pour de nombreux professionnels de l’information et acteurs associatifs à Niamey.
Un isolement régional et une transition prolongée
Ce durcissement s’inscrit dans un contexte de rupture diplomatique. Le Niger, aux côtés du Mali et du Burkina Faso, a quitté la CEDEAO pour former l’Alliance des États du Sahel (AES). Plus récemment, ces trois nations ont annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), marquant une volonté de s’affranchir des pressions extérieures réclamant le retour à l’ordre constitutionnel.
Les perspectives d’un retour rapide à la démocratie s’éloignent. Les récentes assises nationales préconisent une période de transition de cinq ans, ouvrant la voie à une candidature des dirigeants actuels aux futures élections. Pour les observateurs d’Amnesty International, le Niger se trouve à un tournant critique où la survie des libertés publiques est en jeu.
