Offensive touarègue et djihadiste au Mali : la junte militaire en difficulté

Le Mali traverse une période de tensions extrêmes après une offensive coordonnée lancée par des groupes armés touaregs et djihadistes. Cette attaque, qualifiée de « complexe et coordonnée », a ciblé plusieurs villes stratégiques du pays, mettant à mal la junte militaire au pouvoir et ses alliés russes.

une campagne militaire d’ampleur sans précédent

Le Front de libération de l’Azawad (FLA), issu de la fusion de plusieurs mouvements touaregs, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont mené des assauts simultanés dans sept villes maliennes. Parmi les cibles figuraient Bamako, sa banlieue Kati, ainsi que les villes de Konna, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. Cette dernière, bastion militaire au nord-ouest, a été entièrement conquise par les insurgés.

Les méthodes utilisées par les assaillants incluent des véhicules piégés, des drones kamikazes, des engins explosifs improvisés et des attaques directes contre des positions militaires. Selon les autorités maliennes, les combats ont débuté tôt le matin du 25 avril, avec des attaques revendiquées conjointement par le JNIM et le FLA.

bilan humain et militaire en forte hausse

D’après le chef d’état-major des forces armées, Oumar Diarra, cette offensive s’inscrit dans un « plan de déstabilisation coordonné par des acteurs internes et externes ». Le gouvernement de transition a rapporté 16 blessés parmi les civils et les militaires, tout en affirmant que la situation était « totalement sous contrôle ». Cependant, des sources locales évoquent un bilan plus lourd, avec des pertes significatives dans les rangs des Forces armées maliennes (FAMA) et de leurs alliés russes.

Le Corps d’armée russe pour l’Afrique (Corps d’Afrique), qui a remplacé le groupe Wagner, a confirmé le retrait de Kidal en coordination avec Bamako. Cette décision fait suite à des combats intenses ayant causé des pertes humaines et matérielles pour les forces russes et maliennes. Selon Moscou, plus de 1 000 djihadistes auraient été neutralisés, et plus de 100 véhicules détruits.

pertes politiques majeures pour la junte

Cette offensive a également coûté la vie à des figures clés de la transition malienne. Le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué lors d’un attentat-suicide à Kati, près de Bamako. Sa résidence a été la cible d’une voiture piégée, tuant également deux de ses épouses, deux enfants et plusieurs civils. Assimi Goïta, chef de la junte militaire, a été évacué de Kati pour des raisons de sécurité.

Le décès de Camara, considéré comme le numéro deux de facto de la junte, représente un coup dur pour le régime en place, affaiblissant sa structure de pouvoir et son alliance stratégique avec Moscou.

une alliance tactique entre touaregs et djihadistes

Cette offensive marque une collaboration renforcée entre les rebelles touaregs et les groupes djihadistes. Le FLA, issu de la fusion de plusieurs mouvements en novembre 2024, a rompu les accords d’Alger signés en 2015, qui visaient à instaurer une trêve avec Bamako. Depuis 2023, la fin de la mission de l’ONU (MINUSMA) et la reprise des hostilités par l’armée malienne ont poussé les Touaregs à chercher des alliances tactiques, notamment avec le JNIM.

Cette collaboration s’est concrétisée lors de batailles comme celle de Tinzaouaten en juillet 2024, où une coalition touarègue et djihadiste a infligé de lourdes pertes aux mercenaires russes. Des analystes évoquent également un soutien logistique et tactique de l’Ukraine, via son service de renseignement militaire (GUR), bien que Kiev démente toute implication directe.

conséquences régionales et internationales

La situation au Mali suscite des inquiétudes au niveau régional et international. La junte a rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine, accusant Kiev de soutenir les groupes armés. Moscou, de son côté, affirme avoir « empêché un scénario syrien » au Mali, en maintenant le contrôle des positions stratégiques malgré des pertes significatives.

Les autorités maliennes ont instauré un couvre-feu de 72 heures à Bamako, tandis que l’aéroport international Modibo Keïta est resté fermé. Les opérations de ratissage se poursuivent dans plusieurs zones, mais la situation reste instable, avec des combats sporadiques signalés dans différentes régions du pays.

Conflit au Mali