Pipeline Tchad Cameroun : 222 milliards de fcfa de droits de transit en six ans pour Yaoundé

Depuis son entrée en service, le pipeline Tchad-Cameroun s’est transformé en une manne financière incontournable pour le Cameroun. Entre 2020 et 2025, le Trésor public de Yaoundé a perçu un total de 222,2 milliards de FCFA au titre des droits de transit prélevés sur le pétrole brut tchadien transitant par son territoire jusqu’au port de Kribi. Ce montant, détaillé dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, équivaut à une recette annuelle moyenne de 37 milliards de FCFA, facturée pour chaque baril acheminé.

Pour le Tchad, pays totalement enclavé, cette infrastructure représente bien plus qu’un simple canal d’exportation : c’est une bouée de sauvetage économique. Le Cameroun, en contrepartie du passage du brut tchadien sur son sol, applique une redevance dont le calcul repose sur trois critères principaux : le volume transporté, le tarif unitaire en vigueur et la parité dollar-FCFA. Ces paramètres, ajustés régulièrement, déterminent l’apport réel de l’oléoduc aux finances camerounaises.

Une progression spectaculaire des revenus en une décennie

La comparaison avec les premières années d’exploitation du pipeline révèle une croissance fulgurante des recettes. Selon les données compilées par le Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), le Cameroun n’avait engrangé que 85,5 milliards de FCFA de droits de transit entre 2004 et 2011, soit une moyenne annuelle de 10,7 milliards. Sur la période récente de six ans, les encaissements dépassent de 136,7 milliards ceux des huit premières années, malgré une durée deux fois plus courte.

Cette explosion des revenus mérite toutefois une analyse nuancée. Plusieurs facteurs entrent en jeu : l’augmentation progressive des tarifs unitaires, l’évolution des volumes transportés et les fluctuations du taux de change. Sans une ventilation publique annuelle des 222,2 milliards, il est difficile d’isoler la part exacte de chaque variable dans cette hausse significative.

Des hausses tarifaires répétées pour booster les recettes

L’une des clés de cette performance financière réside dans les révisions successives du tarif de transit. À sa mise en service en 2003, le prix unitaire était fixé à 0,41 dollar par baril. Une première révision en 2013, puis une seconde en 2018, ont porté ce tarif à 1,321 dollar par baril, soit une multiplication par plus de trois en quinze ans. Cette hausse mécanique, indépendante des volumes transportés, a directement contribué à l’enrichissement des caisses camerounaises.

Une nouvelle augmentation était prévue à partir du 1er octobre 2023, conformément aux accords en vigueur. Cependant, aucun nouveau tarif n’a été officiellement communiqué à ce jour, laissant planer une incertitude sur l’évolution future des redevances. Ces négociations tarifaires, récurrentes entre Yaoundé et N’Djamena, s’imposent désormais comme un sujet diplomatique majeur.

Des chiffres à interpréter avec prudence

Une lecture historique des données impose de la rigueur. Entre 2004 et 2013, COTCO, l’opérateur de la portion camerounaise du pipeline, avait déclaré avoir reversé environ 200 milliards de FCFA au Trésor public. Cependant, ce montant intégrait non seulement les droits de transit, mais aussi l’impôt sur les bénéfices et d’autres taxes spécifiques. Par conséquent, il ne peut être comparé directement aux 222,2 milliards enregistrés entre 2020 et 2025, qui concernent exclusivement la redevance de passage. La répartition exacte de ces 200 milliards reste inconnue, ce qui rend la comparaison avec les 85,5 milliards des huit premières années la plus pertinente.

Pour l’exercice 2026, les chiffres déjà disponibles confirment la solidité de cette rente. À fin mai 2026, le Cameroun avait déjà perçu 15,1 milliards de FCFA au titre des droits de transit, selon les dernières données du CPSP. Bien que ce montant ne présage pas du résultat final de l’année, il illustre l’importance stratégique du pipeline Tchad-Cameroun dans le budget national. La publication du nouveau tarif, attendu depuis octobre 2023, constituera un indicateur clé pour anticiper l’évolution des recettes des années à venir.