Pouvoir vacant au Cameroun : les limites légales et les spéculations

Le séjour prolongé de Paul Biya relance le débat sur la vacance du pouvoir

L’absence prolongée du président camerounais à l’étranger, officiellement qualifiée de « court séjour privé », alimente les interrogations sur l’état de santé du chef de l’État et la stabilité institutionnelle du pays.

Armand Djaleu
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Un séjour à l’étranger qui interroge

Depuis le 7 juin 2026, le président Paul Biya séjourne en Europe, officiellement pour un « court séjour privé » selon le communiqué de son Directeur de Cabinet, Samuel Mvondo Ayolo. Pourtant, plus de 45 jours se sont écoulés sans retour annoncé, alimentant les spéculations sur son état de santé et sur une éventuelle vacance du pouvoir.

Les autorités camerounaises ont tenté de rassurer l’opinion publique en évoquant des sorties régulières du chef de l’État, mais les questions persistent. Jeune Afrique, dans plusieurs publications, a confirmé que Paul Biya résidait bien à Genève, en Suisse, où il a ses habitudes depuis 1982. Cette situation, initialement présentée comme temporaire, prend des allures de séjour indéfini, ce qui nourrit les inquiétudes.

Que dit la loi camerounaise sur la vacance du pouvoir ?

Contrairement à une idée reçue, la Constitution camerounaise ne fixe aucune durée maximale pour les absences du président à l’étranger. Ainsi, un séjour prolongé ne suffit pas à établir une vacance du pouvoir. Celle-ci ne peut être constatée que dans trois cas précis : décès, démission ou empêchement définitif du président en exercice.

Cependant, le texte constitutionnel reste flou sur la notion d’empêchement définitif, sans en préciser les critères. Cette ambiguïté juridique laisse place à des interprétations divergentes, notamment lorsque des rumeurs circulent sur l’état de santé du président, aujourd’hui âgé de 93 ans.

Dans les faits, Paul Biya pourrait diriger le Cameroun à distance pendant toute la durée de son mandat sans enfreindre la loi. Le vrai sujet n’est donc pas la légalité, mais bien l’éthique politique et la transparence attendue d’un dirigeant.

L’attente d’un gouvernement et d’un vice-président

L’absence prolongée du président coïncide avec d’autres incertitudes institutionnelles, comme le retard dans la formation du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025 ou la nomination d’un vice-président. Ces retards, perçus comme inhabituels, poussent certains observateurs à scruter chaque détail de l’emploi du temps du chef de l’État.

En 43 ans de pouvoir ininterrompu, Paul Biya n’a jamais signé de décret majeur depuis l’étranger. Cette absence de prise de décision à distance contraste avec la précipitation observée lors de la réintroduction du poste de vice-président, une réforme constitutionnelle adoptée en un temps record.

Si la Constitution camerounaise ne prévoit pas de limite temporelle pour les absences présidentielles, elle rappelle que la légitimité d’un dirigeant repose aussi sur sa présence et son engagement auprès de ses concitoyens. Dans un contexte où la confiance dans les institutions est fragile, chaque jour supplémentaire passé à l’étranger alimente les interrogations.

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