Depuis le début de l’exercice 2025, le Sénégal a massivement recouru au marché des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour compenser l’absence d’accès aux eurobonds. En seulement quatre mois, le Trésor public a engrangé 1311,3 milliards de FCFA, un montant record qui illustre l’urgence de couvrir un déficit budgétaire aggravé par les révisions comptables de l’année précédente. Cette dépendance accrue envers les investisseurs régionaux s’impose comme une solution de dernier recours face à la méfiance persistante des marchés internationaux.
L’UEMOA, planche de salut du Trésor sénégalais
L’exclusion temporaire des marchés financiers internationaux a poussé Dakar à se tourner vers Umoa-Titres, l’institution régionale chargée de gérer les adjudications de dette pour les huit pays membres. Les contraintes budgétaires, révélées par un audit mettant en lumière une dette publique bien supérieure aux estimations officielles, ont rendu les émissions en devises trop onéreuses pour le pays. Résultat : le Sénégal a dû se rabattre sur des levées massives et répétées au sein de l’espace UEMOA, avec un rythme d’émissions proche de 330 milliards FCFA par mois.
Ce volume exceptionnel place le pays parmi les principaux emprunteurs de la zone, loin de sa moyenne historique. Chaque adjudication permet de combler progressivement le vide laissé par l’absence de financements extérieurs, mais au prix d’une hausse des taux d’intérêt exigés par les banques régionales.
Des taux prohibitifs et des risques pour l’économie régionale
La dégradation de la note souveraine du Sénégal par les agences de notation a directement impacté le coût de sa dette. Les investisseurs locaux, désormais plus exigeants, imposent des rendements plus élevés pour souscrire aux obligations sénégalaises, creusant l’écart avec les taux pratiqués par des pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso. Cette situation alourdit la charge de la dette intérieure et réduit la liquidité disponible pour d’autres émetteurs ou pour le secteur privé.
Les conséquences sont doubles : d’une part, le budget de l’État supporte un service de la dette de plus en plus lourd, et d’autre part, le marché régional voit sa capacité d’absorption se réduire. Une tension qui pourrait, à terme, freiner la dynamique économique de l’UEMOA si la tendance se prolonge.
Retrouver la confiance des investisseurs : un impératif
Pour le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye, l’enjeu est double : assurer le financement des projets nationaux tout en restaurant la crédibilité du pays auprès des prêteurs internationaux. Un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) est en négociation pour relancer un programme suspendu après la publication des nouveaux chiffres de la dette. Ce déblocage serait un signal fort pour les marchés et permettrait, à moyen terme, de réouvrir les portes des eurobonds.
En attendant, le marché UEMOA reste le seul levier opérationnel, bien qu’il ne puisse à lui seul financer les grands projets d’infrastructures, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et de l’énergie. Le défi pour Dakar est désormais de tenir cette stratégie de substitution le temps de rétablir une santé budgétaire saine et de regagner la confiance des investisseurs étrangers. La marge de manœuvre est étroite : chaque point de taux supplémentaire pèse lourd sur les finances publiques.
