Durcissement des lois anti-lgbt au Sénégal : un virage répressif

Alors que de nombreux pays célèbrent les avancées en matière de droits des personnes LGBTQIA+, le Sénégal s’engage dans une voie radicalement opposée. À Dakar, une loi répressive vient d’être promulguée, marquant un tournant inquiétant pour les droits humains dans le pays. Cette mesure, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale, fait du Sénégal l’un des États africains les plus sévères envers les minorités sexuelles.

Le président Bassirou Diomaye Faye a signé un texte qui double les peines de prison pour les « actes contre nature », passant de 5 à 10 ans d’incarcération. Les amendes, quant à elles, ont été multipliées par dix, pouvant atteindre 10 millions de francs CFA (environ 15 000 euros). Une escalade brutale qui s’accompagne d’un climat de peur généralisé.

Arrestations massives et justice populaire

Les conséquences de cette loi se font déjà ressentir. En quelques semaines, plus d’une centaine de personnes soupçonnées d’homosexualité ont été interpellées. Certaines préfèrent se réfugier en prison plutôt que d’affronter la violence des foules en quête de « justice » expéditive.

Un jeune Dakarois témoigne sous couvert d’anonymat : « On vit avec la peur au ventre. À tout moment, on peut être arrêté. La seule option est de se cacher, mais c’est une existence insupportable. »

Les propos de certains responsables religieux amplifient cette hystérie collective. L’imam Babacar Sylla, président du groupe And Sàmm Jikko Yi, qualifie les personnes LGBTQIA+ de « danger public » et affirme, sans preuve, qu’elles « propagent délibérément des maladies ». Une rhétorique dangereuse qui se transforme en véritable chasse aux sorcières.

Une stratégie politique aux conséquences dramatiques

Cette repression n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une manœuvre politique visant à détourner l’attention d’une crise économique persistante. En désignant l’homosexualité comme une « importation occidentale » contraire aux valeurs sénégalaises, le gouvernement cherche à mobiliser une partie de la population.

Les répercussions sont immédiates : les taux de dépistage du VIH s’effondrent, par crainte d’être traqué ou arrêté. Les préservatifs et les lubrifiants deviennent des preuves accablantes, rendant la prévention et les soins quasi impossibles. Une régression sanitaire qui menace des décennies de progrès.

Un isolement africain et un avenir incertain

Le Sénégal n’est pas un cas isolé : 31 pays africains criminalisent l’homosexualité. Mais en durcissant sa législation, il rejoint des États comme l’Ouganda ou le Nigeria, où les persécutions sont systématiques. Pour les personnes concernées, l’exil ou le silence deviennent les seuls recours.

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) alerte : « Cette loi expose des personnes déjà vulnérables à des violences arbitraires et à l’humiliation. Elle menace également la liberté d’expression en pénalisant toute forme de soutien aux droits LGBTQIA+. »

Face à cette répression grandissante, la communauté internationale observe avec inquiétude. Le Sénégal, autrefois perçu comme un bastion de stabilité en Afrique de l’Ouest, tourne le dos aux valeurs de tolérance et de respect des droits fondamentaux.