Sept ans après le sinistre qui a ravagé la Sonara, son directeur général a pris la parole pour annoncer solennellement la renaissance de la société. Pourtant, selon plusieurs observateurs, cette déclaration ressemble davantage à une mise en scène qu’à une avancée réelle. On aurait pu s’attendre à la signature d’un protocole d’accord avec un bailleur, mais il n’en est rien. L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion ministérielle visant à chiffrer la reconstruction et à définir son financement, avant même de prospecter des partenaires.
L’analyse qui suit décrypte les coulisses de cette communication.
Le modèle retenu est le Design-Build-Finance-Maintain (DBFM), qui couvre la conception, la réalisation, le financement et la maintenance des installations.
Si, sept années après l’incendie, on en est toujours à ce stade, combien de temps faudra-t-il pour dénicher un investisseur qui, selon les pratiques locales, signera un contrat avant de se tourner vers les banques pour lever les fonds ? Ce schéma rappelle les accords miniers, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays.
Le spectre de la SNH et Nathalie Moudiki
Le calendrier interpelle : cette sortie médiatique survient peu après les félicitations du patronat camerounais, via son président Célestin Tawamba, à la SNH pour la nouvelle raffinerie de Kribi, un projet mené par Nathalie Moudiki. Cette dernière a été saluée dans un média international.
Des nominations sous pression
En réalité, ce qui s’est joué hier n’est qu’une opération de communication destinée à influencer le président de la République, alors qu’il se trouve en Suisse où il évalue le travail de ses collaborateurs nommés pour servir le peuple.
Dans son discours, la Sonara a évoqué une unité d’hydrocraqueur pour raffiner le pétrole camerounais, un projet déjà en cours avant l’incendie et déjà intégré dans la raffinerie de Kribi.
Le sabotage présumé de la raffinerie de Kribi
« Quand des lanceurs d’alertes attaquent certaines personnalités impliquées dans des projets, il faut s’interroger. Depuis hier, Boris Bertolt multiplie les publications virulentes contre le projet de raffinerie de la SNH, avec des allégations infondées visant à nuire à Nathalie Moudiki. Pourquoi saboter ce projet le jour même où la Sonara sort du silence ? Pourtant, à la SNH, on salue l’apport de cette entreprise historique. »
En 2020, une délégation du géant russe Lukoil avait été reçue à Yaoundé pour proposer un plan de reconstruction et d’équipements modernes. Le gouvernement n’a pas donné suite.
Les partisans du régime, favorables aux importations via les traders, invoquent des raisons de souveraineté pour écarter les partenaires potentiels. Pourtant, la plus grande raffinerie d’Afrique, située chez le deuxième plus gros producteur de pétrole du continent, est privée. La raffinerie Dangote n’appartient pas à l’État nigérian, mais raffine plus de 60 % du pétrole extrait dans le pays.
Pourquoi le modèle de la SNH (gaz) n’est-il pas appliqué à la Sonara (pétrole) ?
La raffinerie de Lobito en Angola est construite par la Chine, celle de Copperbelt en Zambie également. La première raffinerie ougandaise est réalisée par les Russes, et un autre projet est en cours au Congo.
Il ne nous reste plus qu’à espérer.
