Le Mali s’enfonce dans une nouvelle phase de confrontation diplomatique avec la France. Les autorités de Bamako affirment que Paris soutient activement les combattants indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ce mouvement touareg a déclenché, à la fin du mois d’avril, une offensive majeure dans les régions septentrionales du pays. Pour le gouvernement de transition, dirigé par le général Assimi Goïta, ces accusations permettent de réaffirmer une posture de souveraineté africaine tout en justifiant le durcissement politique opéré depuis les changements de pouvoir de 2020 et 2021. Ce bras de fer survient alors que les relations entre le Mali et l’ancienne puissance coloniale sont au point mort, suite au départ des troupes de l’opération Barkhane et de la mission onusienne MINUSMA.
Le FLA : une nouvelle structure pour de vieilles revendications
Le Front de libération de l’Azawad regroupe d’anciennes factions de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), une organisation dissoute après ses revers militaires face aux Forces armées maliennes (FAMa) et à leurs partenaires russes d’Africa Corps. La création du FLA officialise la reprise des hostilités pour obtenir l’autonomie ou l’indépendance de Kidal, Gao et Tombouctou. Ce territoire, que les rebelles nomment Azawad, est au cœur de cycles de révoltes récurrents depuis 1963. L’offensive actuelle témoigne d’une réorganisation stratégique du mouvement, qui doit désormais composer avec la présence massive de paramilitaires russes aux côtés des troupes nationales. Le succès des rebelles à Tinzaouatène durant l’été 2024, où une colonne russo-malienne a subi des pertes importantes, a redonné un élan tactique aux séparatistes.
Un héritage complexe entre Paris et les mouvements touaregs
Si les liens entre la France et certaines tribus du nord datent de l’époque coloniale, c’est l’intervention Serval en 2013 qui a concrétisé une alliance de terrain. À l’époque, pour déloger les groupes terroristes, l’armée française s’était appuyée sur le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Cette collaboration opérationnelle a durablement alimenté la méfiance à Bamako, où l’on soupçonnait Paris de protéger les velléités indépendantistes, notamment autour de la ville stratégique de Kidal. Cependant, cette proximité s’est érodée avec le temps. Depuis le retrait définitif des forces françaises en 2022, les canaux de communication sont rompus. Les rebelles se tournent désormais vers d’autres acteurs régionaux, comme l’Algérie ou la Mauritanie, bien qu’aucun de ces États ne revendique de soutien officiel.
La rhétorique de la décolonisation au service du pouvoir
Les accusations portées par Bamako s’inscrivent dans une stratégie politique bien précise. En dénonçant une tentative de déstabilisation orchestrée par l’extérieur, le pouvoir malien cherche à unifier le peuple africain autour d’un sentiment patriotique et à légitimer son alliance avec Moscou. Ce discours anti-français constitue d’ailleurs le ciment de l’Alliance des États du Sahel (AES), formée avec le Burkina Faso et le Niger. De son côté, Paris dément formellement toute implication, soulignant qu’elle n’a plus aucune présence militaire ou diplomatique sur le sol malien. Néanmoins, les ambiguïtés passées servent de terreau fertile au récit de la junte. L’avenir du FLA ne dépendra pas uniquement de ces joutes verbales, mais de sa capacité à résister militairement sur le terrain face à l’alliance entre les FAMa et Africa Corps.
