L’ambiance est électrique à la Cité Keur Gorgui, devant la résidence d’Ousmane Sonko. Les sympathisants du parti Pastef-Les Patriotes se succèdent pour manifester leur soutien indéfectible à leur chef de file. Parmi la foule, Nourdine Diallo ne cache pas son désarroi face à la rupture brutale du tandem qu’il a soutenu tout au long de la campagne électorale au Sénégal.
Pour ce militant, le slogan « Diomaye est Sonko – Sonko est Diomaye » n’était pas une simple formule marketing, mais une réalité profonde reposant sur des liens fraternels et institutionnels. L’annonce du limogeage du Premier ministre a donc été vécue comme un véritable choc par la base militante, qui voit en cet événement une fracture au sein de l’exécutif.
Un bras de fer institutionnel imminent
La séparation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son désormais ex-Premier ministre s’est cristallisée lors d’une séance de questions au gouvernement. Ousmane Sonko y avait ouvertement critiqué certaines orientations présidentielles. Cette éviction ouvre désormais la voie à une confrontation institutionnelle majeure. Une session parlementaire cruciale est convoquée ce mardi 26 mai 2026 pour acter le retour d’Ousmane Sonko en tant que député, mandat qu’il avait mis entre parenthèses pour diriger le gouvernement.
L’ordre du jour prévoit également le remplacement d’El Hadj Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale et fidèle allié de Sonko, qui a démissionné dimanche dernier. Ousmane Sonko apparaît comme le favori pour reprendre le perchoir, ce qui ferait de lui la deuxième personnalité de l’État. Selon l’analyse de l’expert Malao Kanté, cette situation place Ousmane Sonko comme le nouveau pilier de l’opposition, mais une opposition disposant de la majorité parlementaire. Ce scénario fait peser un risque de blocage institutionnel, notamment par le biais d’éventuelles motions de censure contre le futur gouvernement.
L’opposition conteste la légalité de la procédure
Au sein de Pastef-Les Patriotes, certains comme Adama Fall appellent à placer l’intérêt national au-dessus des querelles de personnes, tout en inscrivant cette crise dans la lignée des grands duels politiques de l’histoire africaine. Cependant, le parti traverse une zone de turbulences, marquée par la démission de plusieurs cadres solidaires d’Ousmane Sonko.
De son côté, l’opposition parlementaire regroupée sous la bannière Takuu Walu s’oppose fermement à cette réintégration. Aïssata Tall Sall a dénoncé ce qu’elle qualifie de manœuvre illégale, affirmant que la démission du président de l’Assemblée viole le règlement intérieur de l’institution. Elle exhorte Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel pour empêcher ce qu’elle considère comme un « coup d’État constitutionnel », prévenant que l’ambition d’Ousmane Sonko pourrait à terme viser le fauteuil présidentiel.
Dans ce contexte de haute tension, le président a nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô comme nouveau Premier ministre. Cet ancien banquier de la BCEAO, ayant déjà servi au sein de la présidence, a immédiatement appelé à la cohésion nationale, soulignant que le Sénégal se trouve à un tournant décisif de son histoire politique.
